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 [Archives]Articles sortie "Infréquentable"

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kiki
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MessageSujet: [Archives]Articles sortie "Infréquentable"   Mer 22 Juil - 23:03

Dans les messages suivants vous trouverez les différents articles parus à la sortie de "Infréquentable"

Magazine LE TEMPS (Suisse) du 11 10 08

Un Bénabar recommandable

Cinquième album en douze ans du titi au bagout qui se fait plus psy que persifleur.

Olivier Horner
Samedi 11 octobre 2008

C'est ce que l'on avait perçu comme un disque de transition qui a fait exploser Bénabar commercialement. Voilà trois ans, Reprise des négociations (écoulé à près d'un million et demi de copies et tournée triomphale à la clé) amorçait pourtant des cadrages moins gouailleurs. L'écriture du titi français au bagout chanté jamais pris en défaut, grâce à un irrésistible sens de l'(auto)dérision et une gouaille persifleuse parfois hilarante (les tubes «Y'a une fille qui habite chez moi», «Le Vélo»), s'affinait.

La mue passait par l'abandon progressif de ces chansons-saynètes qui risquaient de devenir un facile fonds de commerce. Plus réussi que Reprise des négociations et plus proche dans l'esprit des Risques du métier (2003), Infréquentable s'avère aujourd'hui presque bon sous tout rapport. Aussi bon que le chanteur s'y dévoile d'une solide humanité. Ce cinquième album du bientôt quadragénaire, comme il le rappelle dans une chanson mélancolique d'une touchante modestie sur la postérité («Malgré tout»), s'appuie ainsi différemment et plus subtilement sur son talent d'observateur des psychologies et mœurs humaines. Le comique de situation a fait place aux évocations des faux-semblants (sauf «A la campagne» peut-être qui rappelle «Bon anniversaire» et «L'itinéraire»), des vanités crasses («Tout vu, tout lu»).

Les affres du quotidien revêtent une portée inédite («L'effet papillon» en tête), avec voiles de mélancolie et intimisme climatique; s'attachant à l'amour, ses frustrations tues ou ses mesquineries. Partitions variées (forro, swing ou canzonetta), humour moins potache font d'Infréquentable un disque de bonne tenue malgré quelques grosses ficelles. Un exploit pour une «nouvelle scène» où le débat peine à s'élever.


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LE MATIN (Suisse) - 12 10 08

Bénabar: «Plus on me critique, plus j'existe»

Sur son «Infréquentable», le chanteur populaire - et fier de l'être - semble avoir gagné en maturité. Même s'il ne s'est pas départi de son humour ravageur. Coup de fil

Karine Vouillamoz - le 11 octobre 2008, 18h24
Le Matin Dimanche



Ses deux précédents albums se sont écoulés à plus d'un million et demi d'exemplaires. Forcément, ça fait des jaloux. Mais Bénabar n'en a cure. Lui, il pense chanson, musique, public. Et se fait donc plus populaire que jamais avec cet «Infréquentable», son tout nouvel album. Diversité instrumentale (flûte de Pan, guitares, choeurs masculins), textes finement ciselés, humour ravageur, Bénabar peaufine encore sa recette miracle. En pleine course promotionnelle, il confesse à l'autre bout du fil: «C'est la grande tournée des popotes qui commence, mais ce n'est pas désagréable. Comme je le dis tout le temps, c'est mon sujet préféré!»

En quoi êtes-vous «Infréquentable» ?
Pour plein de raisons, mais pour être franc, je ne pense pas l'être complètement. Parfois. Surtout dans les moments de déprime, je suis très ennuyeux, très chiant. Je suis plutôt de bonne compagnie mais je suis aussi très nerveux et inquiet. Ça peut créer une ambiance très délétère.

Il y a beaucoup de choeurs masculins dans cet album, et tous vos musiciens sont des hommes; c'est mieux entre hommes ?
Non, je ne pense pas. Je dois reconnaître que sur scène, il n'y a pas de filles mais ce n'est pas un choix sexiste. Ce n'est ni bien ni pas bien. Si l'idée se présentait, je prendrais une fille pour qu'il y ait une forme de parité. Mais je ne refuse pas du tout de travailler avec des femmes.

Vous dites ne pas vous sentir engagé, pourtant le titre «L'effet papillon» l'est plutôt, non ?
C'est quelque chose que j'essaie de faire: être concerné, avoir un avis sur ce qui m'entoure, ne pas être dans ma tour d'ivoire de chanteur qui vit confortablement. J'ai mes opinions mais je ne vais pas emmerder tout le monde avec ça.

Vous faites preuve d'autodérision; vous avez besoin de nous faire comprendre que vous ne vous prenez pas au sérieux ?
Oui, c'est vrai. C'est important d'avoir un peu de recul, surtout quand on a la chance de faire un métier comme le mien, de très bien gagner sa vie. Pour sa santé mentale, il faut remettre chaque chose à sa place. Ça permet aussi d'installer une complicité avec les gens qui n'est pas feinte, en leur disant: «Ouais, je sais que j'ai beaucoup de chance, je ne mérite pas forcément toute l'attention que vous voulez bien me prêter.»

Vous évoquez en chanson vos presque 40 ans. C'est un cap pour vous ?
La fuite du temps, c'est effrayant. On perd des êtres chers et tout disparaît. Mais le fait de vieillir, c'est quelque chose que je prends avec philosophie et plaisir. C'est bon que les mômes grandissent et que les papas vieillissent.

Surtout quand les papas ont toujours une tête de jeune homme...
Oui, mais il y a un jour où ça va changer! Avec la quarantaine, je commence à perdre mes cheveux. Mon physique va bientôt ressembler à mon âge.

Vous êtes coquet ?
Je le deviens de plus en plus. Je commence à faire gaffe car les filles me regardent de moins en moins. C'est une expérience très traumatisante dans mon cas. Je suis resté très simple dans mon apparence mais quand je regarde mes cheveux, ma calvitie naissante me travaille beaucoup...

Chanteur populaire, c'est un terme qui vous convient ?
J'espère pouvoir y prétendre un jour mais c'est le public qui choisira. Chanteur populaire, dans le sens qui chante pour tout le monde, oui, j'y crois.

C'est ce que beaucoup ne vous pardonnent pas aujourd'hui, et vous attaquent de toutes parts...
Je suis très susceptible mais ça fait partie du jeu. J'essaie d'être honnête avec moi-même. Si j'accepte qu'on vienne m'applaudir à Bercy ou qu'on achète mon disque, je suis obligé d'accepter les critiques. Je comprends que j'exaspère certaines personnes. Mais je me félicite de voir que je n'exaspère pas trop de monde.

Certaines critiques sont pourtant très virulentes...
J'ai souvent cherché à ne pas être consensuel, donc ça fait partie du jeu. Je suis conscient d'être privilégié, d'avoir été soutenu par la presse. Même quand les critiques m'attristent ou m'énervent, je m'efforce de tempérer. Je suis plutôt du côté des chanceux. Je constate que les vraies critiques ne sont par chance pas très nombreuses.

Y a-t-il de vraies amitiés dans le métier ?
Nombreuses! Je peux donner l'impression d'être isolé mais j'ai beaucoup d'amis dans le métier. Je fréquente beaucoup le show-biz, comme on dit, pas dans les boîtes de nuit mais plutôt au restaurant, chez les uns ou chez les autres. Ça va plutôt pas mal. Et très cyniquement, plus on me critique et plus j'existe.

Si ça devait ne plus marcher, que feriez-vous ?
J'aimerais pouvoir vous dire que je prendrais la chose avec recul et philosophie mais je le vivrais extrêmement mal. Même si on est de grands garçons, on ne peut s'empêcher de faire l'amalgame entre ce que le public pense de votre album et ce qu'il pense de vous.

Vous chantez donc pour être aimé ?
Au fond, je pense que oui. J'ai pas mal réussi mon coup, non?

Il n'est pas si «Infréquentable» que ça!

«Avec cet album, j'ai essayé d'innover, de ne pas entrer dans la facilité. Ça reste écrit par mes soins, donc très cousin de ce que j'ai fait avant, mais j'ai tenté de ne pas faire du Bénabar, de ne pas m'auto-parodier», raconte le chanteur au sujet de la production de cet «Infréquentable». Alors oui, ça reste du Bénabar, on le reconnaît au détour de toutes les chansons. Mais la production musicale s'est diversifiée - la guitare a remplacé le piano - et, dans le fond, il rigole moins, le Bénabar, quand il évoque le réchauffement climatique dans «L'effet papillon» ou la dépression avec «Allez!»: «Au niveau de la dynamique, c'est pas la Compagnie Créole/Faut pas t'laisser aller, j'te signale qu't'es en peignoir, vautré sur la banquette/C'est normal qu'à 18 h, Muriel s'inquiète», chante-il.

Mais il n'en oublie pas pour autant son humour, comme sur ce titre, «Pas du tout», composé par Louis Chedid. «J'ai des raisons d'être fier de ma chanson, elle est super!» s'exclame-t-il alors qu'on lui répond en chorale «Pas du tout!». Parmi les très belles trouvailles de cet album, il y a «Voir sans être vu», magnifiquement orchestrée, ou l'enjoué «Infréquentable», où il chante avec délices: «Je t'aime mais en pensant à mal/Parce que tout passe et tout finit sans la moindre morale/Prêt à tout pour que tu m'aimes aussi.» Il y a beaucoup de pop sixties dans cet «Infréquentable», un petit air à la Nino Ferrer. Qui sied à merveille à ce garçon finalement très fréquentable.


Dernière édition par Kiki le Jeu 11 Nov - 17:24, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [Archives]Articles sortie "Infréquentable"   Mer 22 Juil - 23:07

LA MARSEILLAISE (France) - 12 10 08

Bénabar reprend la barre



Cet album comme les autres me ressemble, alors bien sûr, c'est moi, avec mes qualités et mes défauts. Photo: MLTChanson. Son 5e album, Infréquentable, sera demain dans les bacs. Rencontre avec un des rares artistes qui allie exigence, simplicité et popularité

Cercle des nageurs des Catalans, à Marseille, la semaine dernière : engagé volontaire dans un marathon promo en prélude à la sortie de son 5e album, le mal-nommé Infréquentable, successeur attendu d’une Reprise des négociations qui avait atteint la barre très rare des 1,3 million d’exemplaires, Bénabar s’est prêté de bonne grâce au jeu de l’interview pour La Marseillaise.

PRESSION. « La pression commerciale et médiatique existe, bien sûr, mais ce qui importe le plus, c’est de ne pas décevoir, de continuer à toucher les gens. S’il le faut, ça ne va pas leur plaire… Attention, je ne fais pas ma coquette, je sais à quel point je suis un privilégié, je sais que beaucoup seront de nouveau au rendez-vous pour les concerts, et que je retrouverai la scène et tant pis si ça n’est pas Bercy à chaque fois. Mais je ne veux pas être serein… »

CHANGEMENT. « Cet album, comme les autres, me ressemble, alors bien sûr, c’est moi, avec mes qualités et mes défauts ; ceux qui ne m’aimaient pas avant ne vont pas tout d’un coup être surpris… Mais il a quand même été, pour la première fois, maquetté à la guitare, de manière naturelle et spontanée, et François Delabrière, qui a travaillé avec Daniel Darc ou Marc Lavoine, l’a entièrement réalisé, alors qu’il n’avait assuré que le mix du précédent. Et puis on a voulu enregistrer les cordes à Londres… Des petites choses comme ça qui font que je crois avoir doucement évolué. »

INFREQUENTABLE ? « Avec cette chanson, qui a donné son nom à l’album, je n’avais pas envie de "casser mon image" de gars gentil, qui fait de la chanson populaire, je crois que les gens y voient clair dans mon petit jeu… Il fallait trouver un titre un peu percutant, un peu étonnant, et celui-là permettait un peu de prendre du recul par rapport au fait d’être chanteur, une légère autodérision. »

SUR SCENE. « Je reste avec la même bande de copains, on ajoutera une guitare, même si ça ne sera pas rock pour autant… Et y’aura toujours des cuivres et de l’accordéon, désolé pour ceux qui n’aiment pas… (rires) Pour le reste, tout reste à faire, on a fait des petits schémas dans le train en venant, mais ça reste très flou. De toute façon, on ne va pas imaginer un barnum, des effets spéciaux ; surprendre pour surprendre, c’est pas vraiment mon truc ».

ECRIRE POUR D’AUTRES. « Je ne suis pas très bon pour cet exercice, et même si je n’ai pas honte de la chanson Les beaux jours reviennent écrite pour Juliette Gréco, je ne sais pas, finalement, si c’était digne d’une telle dame… »

CHAPELLES. «Dès que je me sens "estampillé", j’ai tout de suite envie d’aller en sens inverse ! Alors, oui, ça peut énerver certains quand je participe à un projet avec Jenifer, MPokora ou Corneille, ou en désarçonner d’autres quand je travaille avec Bertrand Belin ou Sanseverino, mais je n’ai pas de scrupules ; c’est une connerie absurde de croire que le public ne comprendra pas. Et puis la plupart du temps, c’est dans un but caritatif, et quand on me demande de faire les Enfoirés ou de chanter une chanson pour aider des enfants en Afrique, je n’ai pas ce genre de scrupules. Quand Noah m’invite aux Enfants de la Terre, je ne demande pas qui il y aura… »

POLITIQUE. « J’ai accepté l’invitation pour le concert de soutien à Ségolène Royal au stade Charléty, et je le referai s’il le fallait, parce que c’était un concert et que je vais au bout de mes opinions ; je trouve ça désespérant d’être dépolitisé. Mais je n’aurais pas eu ma place à un meeting, mon avis reste celui d’un citoyen ; un "avis de chanteur", ça n’intéresse personne. »

CINEMA. « J’ai commencé par des scénarios pour la télé et j’ai réalisé plusieurs courts-métrages : le cinéma est évidemment quelque chose que j’adore faire, et même si la chanson a pris une place dominante, j’y reviens… Là, je viens de finir le tournage de Incognito de mon ami Eric Lavaine, avec qui on écrivait les scénarios de H pour Canal+ ; j’y ai le rôle de Luka, un petit chanteur devenu une énorme vedette avec les textes d'un ami que je crois mort. Alors quand ledit ami -Jocelyn Quivrin- revient, je demande à mon pote Franck Dubosc, qui joue un mime un peu ringard, de faire croire que la maison que j’ai est à lui, et qu’il m’héberge… Sur le papier, et d’après les images que j’ai vu, ça a l’air vraiment bien ; après on verra ce que je vaux… »

Propos recueillis par Denis Bonneville


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ARTICLES DU 13 10 08

OUEST-FRANCE

Magazine
lundi 13 octobre 2008
Bénabar, chanteur fréquentable

Bénabar : « La variété, c'est quelque chose de très noble. »

Son cinquième album sort aujourd'hui avecun virage assumé ?vers la grande variété.
Quinze jours avant sa sortie officielle, l'album tourne en boucle dans un bistrot nantais. Le fluet Bénabar claque des bises sur les joues de groupies trentenaires, prend la pause et dédicace, avec la grâce du gaucher, album et poster. Sans chichis, il paie sa tournée de promo et cueille, sourcils interrogateurs et profil bas, les premières impressions.

Le succès de son précédent album, Reprise des négociations, vendu à plus d'un million d'exemplaires, n'a pas donné au timide Bruno Nicolini l'assurance des gagnants. Pas plus que trois tournées bien remplies de Zénith. En musique comme ailleurs, rien n'est jamais acquis.

Bénabar l'a appris à ses dépens, sous les assauts de la critique agacée par son côté raconteur du quotidien, jugé mollasson, tourne-en-rond. Difficile à encaisser. « Je suis sensible à tout ça. Et même si je suis très susceptible et égotique, je dois les accepter, ça fait partie du business. » Pour autant, Infréquentable renoue avec le même univers : des trajets en voiture, des copains déprimés, des week-ends de citadins à la campagne, de l'anti-héros décortiqué par le petit bout de la lorgnette.

Moins de cinéma, plus d'états d'âme. La quarantaine guette, ronronnante. Le virage est surtout musical : ballades-confidences (Allez!) ou galops frénétiques (La campagne, Infréquentable), les orchestrations ont pris de l'ampleur et une coloration très sixties. Il y a du Nino Ferrer (Où t'étais passé?) et du Joe Dassin (Si j'avais su) chez Bénabar...

Le chanteur assume ce tournant vers la grande variété. « L'originalité n'est pas ce qui me tient le plus à coeur. En revanche, la variété m'attire depuis toujours, c'est quelque chose de très noble, pas forcément consensuel ni racoleur. Qui, pour moi, va de Gainsbourg à Coldplay... »

En 2007, il était monté avec Cabrel et Goldman dans la Caravane des Enfoirés, habillé en cowboy. « Ça m'amuse vraiment et je respecte beaucoup ces gens-là. » Cette année, il a fait ses premiers pas d'acteur aux côtés de Franck Dubosc dans Incognito, comédie d'Eric Lavaine (sortie prévue au printemps 2009). Où il incarne un chanteur devenu star grâce aux textes d'un ami qu'il croit mort. Là non plus, pas de forfanterie, la prudence est de mise.

« Il ne suffit pas de capitaliser sur la célébrité. Il faut aussi apporter quelque chose. » Pas si infréquentable que ça, Bénabar...


Isabelle LABARRE.
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MessageSujet: Re: [Archives]Articles sortie "Infréquentable"   Mer 22 Juil - 23:12

SUD-OUEST - 13 10 08

INTERVIEW. Après l'énorme succès de « Reprise des négociations », Bénabar revient aujourd'hui avec les 12 chansons d'« Infréquentable ». Il évolue musicalement mais garde justesse et verve intactes

Dépressif de bonne humeur





Bénabar. « Je ne veux pas être donneur de leçons »

En cinq ans, il est devenu un poids lourd du métier. Bruno Bénabar est une valeur sûre et vieillit bien. Car il aime l'idée. Son dernier album évite l'écueil de la recette. Plus soignée, la dernière livraison du nostalgique amusé de Maritie et Gilbert Carpentier est une belle surprise. Plus désenchanté qu'à l'accoutumée, Bénabar y cultive toujours son regard (très) drôle sur ses contemporains, en commençant par lui. Conversation avec un gars de 39 ans qu'énerve son début de calvitie mais qui surtout en rit.

« Sud Ouest ». Comment ça va ?
Bénabar.
Plutôt super. J'aime bien la promo, même si ça se complique au fur et à mesure, qu'on se répète un peu. Mais j'en fais parce que... j'aurais tellement aimé en avoir quand j'ai commencé !

Difficiles, les débuts ?
Pas tant que ça. Je voulais faire du cinéma au départ : j'ai réalisé trois courts métrages puis travaillé à la télé, notamment scénariste sur la série « H ». Parallèlement, j'écrivais des chansons. On a commencé en duo dans les petits bars, puis avec un groupe de musiciens avec qui j'ai sorti le premier album, « Bénabar et associés ». J'écrivais déjà paroles et musique. Dès le second, j'ai eu la chance que « Bon anniversaire » et « Y'a une fille qui habite chez moi » rencontrent le public. Sont venus les deux autres au succès progressif. Une grande chance.

Faites-vous une carrière ?
Le dernier disque s'est très bien vendu : j'ai eu le sentiment d'être à un palier. Musicalement surtout, j'étais allé aux limites d'un certain style. On a donc beaucoup travaillé ces mélodies, que j'ai commencées pour la première fois à la guitare et pas au piano. Mine de rien, ça change plein de trucs. Je voulais de la belle variété pop, avec des références qui vont de Coldplay à Souchon en passant par Elton John. Bon, ça reste des chansons à moi, hein, ce n'est pas du punk !

Les cuivres toujours quand même ?
Ah ça, ce n'est pas négociable ! J'adore. Ce sont toujours les trois mêmes musiciens qui les ont faits qui seront sur scène. Je suis un peu obligé, en fait : ce sont des potes.

Côté textes, on est frappé par votre côté obscur : l'amour, le couple, la vie ne sont pas au mieux...
Je voulais faire un album très dansant, c'est con ! Ce n'était pas une volonté, une démarche claire. Je ne suis pas le gars le plus optimiste du monde, je fais plutôt partie de l'autre équipe. Dépressif de bonne humeur. Cette mélancolie n'a en tout cas rien à voir avec ma vie personnelle.

« À la campagne ». La chanson du bobo côté nature ?
Celle-là est complètement autobiographique : j'ai eu la chance de m'acheter une maison de campagne et ce sont mes impressions de citadin. Une des chansons se rapprochant le plus de ce que j'ai fait avant.

« Malgré tout ». Est-ce la suite quadragénaire de « Bon anniversaire » ?
Le temps qui passe, c'est un peu triste, mais vieillir ne me gêne pas du tout, j'aime bien.

« Pas du tout », avec Louis Chedid. Vous aimez travailler avec les autres chanteurs ?
Louis est un ami, et on a sorti la chanson en quelques heures. J'aime bien travailler avec d'autres mais, souvent, ça ne se fait pas pour plein de mauvaises raisons, le temps, notamment. Je dois faire une chanson avec La Grande Sophie depuis longtemps, avec Delpech... J'ai aimé écrire pour Juliette Gréco ou Gérard Darmon, mais je ne suis pas très content de ce que j'ai fait. Écrire un chef-d'oeuvre pour Gréco, ça aurait eu de la gueule, non ?

« L'Effet papillon. » Plutôt pile-poil en ces temps de crise...
Au-delà du constat éculé, je voulais traiter de la responsabilité de chacun, quelle que soit l'échelle. D'où ce zoom avant des grands aux petits enjeux... avec le soin de rapidement sortir des grosses conneries. Pas un seul instant je ne veux être donneur de leçons.

L'actualité, vous suivez ? La politique, vous vous engagez ?
Quand on me demande, je dis, parce que je trouve bien de le faire, mais je ne vais pas le proclamer de moi-même. Je ne serais pas allé au Zénith de Ségolène Royal, par exemple. Je peux passer une très bonne soirée avec un gars de l'UMP, même si je sais qu'à un moment donné, on va s'engueuler. Je ne peux pas passer de bonne soirée avec un mec du FN. J'aime la discussion. Je ne prétends pas avoir raison... même si je le pense sincèrement !

De jeunes artistes que vous aimez ? Des anciens que vous vénérez ?
Travis Bürki, Dorémus, Alexis HK, Loane. Et Renan, évidemment (1). Renaud, Higelin, Souchon, Joe Dassin. Et beaucoup de classique en ce moment. Et « Redemption Song », chantée par Joe Strummer, qui est la plus belle chanson du monde.

« Infréquentable » (Jive/Epic) 16 euros.
(1) Renan Luce, qu'il a souvent pris en première partie de sa précédente tournée.
chanson
Auteur : Propos recueillis par Yannick Delneste


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LE PARISIEN - 13 10 08

Avec Bénabar sur la route de la promo



Pour lancer son cinquième album, l’excellent « Infréquentable », qui sort aujourd’hui, le chanteur est allé à la rencontre de la presse et de son public en province. Nous l’avons accompagné, durant deux jours, pour le voir à l’oeuvre.

Emmanuel Marolle | 13.10.2008, 07h00

«J’espère qu’on t’en met plein la vue, là ? » Bénabar fait le malin en accueillant un journaliste dans une suite luxueuse d’un grand hôtel de Strasbourg. C’est là qu’il reçoit la presse locale, en ce 6 octobre, une semaine avant la sortie de son cinquième album, « Infréquentable », disponible aujourd’hui.

En préambule, il commande une bonne vieille Kro plutôt que du champagne. Pourtant, on est loin des bistrots exigus où il a essuyé les plâtres de ses premières chansons, il y a près de quinze ans. Normal. Aujourd’hui, Bénabar est un poids lourd. Il a vendu plus d’un million d’exemplaires de son précédent album, « Reprise des négociations », porté par le tube « le Dîner », et rivalise désormais avec Johnny, Voulzy ou Cabrel. Alors forcément, on le bichonne. La télé ne fonctionne pas dans sa chambre ? La réception se met en branle pour le faire déménager, même à 2 heures du matin. Il réclame une tournée de promotion pas comme les autres ? Sa maison de disques acquiesce et débloque le budget.

A 39 ans, Bénabar, de son vrai nom Bruno Nicolini, assume son nouveau statut de chanteur populaire, mais n’oublie pas d’où il vient. Pour défendre ce nouvel album, il est allé, comme toujours, au charbon, à la rencontre de son public en province, dans quelques grandes villes dont Strasbourg lundi et Lille le lendemain. Via les médias locaux, une centaine de privilégiés ont été invités à écouter son disque en avant-première et à le rencontrer. « Ce n’est pas une façon de jouer la proximité, prévient-il. Je ne suis pas là pour acheter les suffrages du public. »

Une fan insistante

Le premier rendez-vous a lieu à la Laiterie de Strasbourg, haut lieu de concerts. Bénabar débarque vers 20 heures, alors que les gens viennent de découvrir « Infréquentable ». « Il a vraiment sa patte. Dans la mélodie, les textes, on le reconnaît en trois secondes », s’enthousiasme Caroline, 25 ans. La discussion s’engage avec l’artiste, qui enchaîne dédicaces et photos. Hélène, 15 ans, trépigne. Elle porte un tee-shirt rouge à la gloire de son idole. « J’ai entendu le Dîner à la radio et j’ai acheté ses albums. J’aime bien sa façon de parler des choses simples avec simplicité. Ce sont des moments de vie, comme sa chanson Adolescente qui me correspond bien. Dans ma chambre, j’ai collé aux murs mes phrases préférées de ses textes. »

Pendant ce temps, Bénabar est aux prises avec une fan insistante qui veut lui faire signer et ressigner des autographes, dont un « pour une copine qui ne t’aime pas ». « Je lui ai dit : Maintenant, il faut que tu te casses, nous racontera-t-il un peu plus tard dans la soirée. Comme celle de la semaine dernière à Bordeaux. Elle regrettait que je n’aie pas chanté. J’ai fini par lui lancer en rigolant : Je suis désolé de t’avoir déçue en t’accueillant avec mon album, des petits-fours et du champagne ! Elle l’a super mal pris. » Sinon, tout le monde repart content, comme Olivier, 28 ans : « Il parle de moi dans ses chansons : Quatre Murs et un toit m’a ouvert les yeux sur ma maison de famille. Dans le nouveau disque, Où t’étais passé, sur l’amitié entre mecs, est aussi bien vu. » La soirée aurait été idyllique si le marqueur utilisé pour les autographes n’avait pas fait des siennes. « Finalement, il n’était pas indélébile… »

Questions surréalistes

Quelques heures auparavant, au micro d’une radio, Bénabar s’est emporté contre un article le présentant comme un chanteur poussiéreux, voire poujadiste. A la fin de l’entretien, il a demandé à ce que ce passage soit coupé au montage. Dans sa suite strasbourgeoise, il garde cette fois son sang-froid face à un interlocuteur balançant des questions surréalistes, du genre « Est-ce l’album de la maturité ? » ou « Avez-vous une déclaration à faire sur le nouveau disque ? » On pense à un petit frère de Raphaël Mezrahi. « Un moment, j’ai cru qu’il se foutait de ma gueule », confirme le chanteur.

Tout va mieux le lendemain, à Lille, où les Nordistes sont emballés par le disque et se lâchent, alors que Bénabar apparaît plus décontracté que la veille. « Bruno, on va se marier dans quelques mois et on voulait te suggérer de faire un titre sur les plans de table… » La star note la proposition, puis évoque sa vie de famille rangée, une femme, un fils de 4 ans. « Mais je ne désespère pas de niquer en tournée ! » balance-t-il, provoquant l’hilarité générale. Catherine, 42 ans, jubile : « Que j’aie le moral ou pas, je l’écoute tout le temps. Il me fait du bien. Je me reconnais tellement dans ses chansons que j’ai l’impression qu’il vit avec nous. » Même au naturel, Bénabar en met plein la vue.
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MessageSujet: Re: [Archives]Articles sortie "Infréquentable"   Mer 22 Juil - 23:15

DHNET (Belgique) - 13 10 08

Bénabar: du changement dans la continuité

Bénabar a grandi. Ses chansons aussi

BRUXELLES Réglons l'affaire d'emblée : Bénabar n'est pas infréquentable. Que du contraire. C'est un garçon charmant, intelligent, drôle, attentif, curieux, qui doute et on va s'arrêter là parce qu'il ne faudrait pas non plus qu'il se la raconte la prochaine fois qu'on le verra. Infréquentable, donc, c'est juste le titre de son nouvel album. Un mot qu'il a choisi un peu pour faire le malin. "Je cherchais un truc un peu surprenant. Comme il y avait ma photo dessus, je me suis dit que c'était une manière de prendre un peu de recul. Mais je ne pense pas être infréquentable, je n'ai pas cette image. " Au contraire, si l'on en juge par le public (sans cesse grandissant) qui vient l'applaudir lors de chacun de ses concerts. "Il n'y a pas de véritable réflexion construite, derrière ce titre. Mais faudrait peut-être que j'invente un truc pour avoir l'air plus intelligent ", sourit-il. Ceci étant fait, on peut, maintenant, passer aux choses sérieuses...

On dit que cet album est très différent des précédents. C'est vrai à la première écoute, mais...

"Je suis d'accord avec ça. Ça me fait plaisir que tu parles de première écoute, parce que c'est ce que je voulais. Que, dans un premier temps, on se dise que des trucs ont changé, un peu comme si on changeait les meubles de place. Même si ça reste moi : la voix est mise devant, il n'y a rien d'intrépide, musicalement. Le seul truc auquel je tenais, c'est qu'il y ait une petite couleur, un peu différente. "

Une couleur un peu plus sombre ? Ces temps-ci, comment ne pas l'être ?

"Il y a un peu de ça, mais je ne me suis pas du tout dit que cet album serait un peu désabusé. Ce n'est qu'en commençant à en parler que je m'en suis rendu compte. Je m'en félicite, d'un certain point de vue : ça me prouve à moi-même que je suis sensible à ce qui se passe ."

Avec le temps qui passe, le regard sur la vie change, forcément !

"Il y a peut-être un peu moins d'innocence. Encore une fois, ce n'était pas du tout un objectif. Je n'ai pas envie de me complaire là-dedans. C'est tellement facile de faire un album triste. J'ai plutôt essayé d'éviter le pathos, la facilité dans l'émotion. "

Vous étiez un peu tristounet vous-même en l'écrivant ou bien au contraire en superforme ?

"Un peu des deux. Je trouve ça bien d'écrire sur une longue période. Là, je l'ai écrit sur deux ou trois ans. Quand on écrit un album en deux mois, tout est un peu dans le même mood. C'est une manière de travailler qui ne me va pas. Écrire sur la longueur permet de varier les thèmes, de retravailler."

L'album a, en partie, été enregistré à Londres. Un vieux phantasme ?

"Seulement les cordes. À vrai dire, je n'étais pas du tout dans ce trip-là, moi. C'est le réalisateur, qui pensait à un truc pop, à l'anglo-saxonne, qui a proposé qu'on fasse le voyage. "

Ça fait plaisir, aussi, de retrouver quelques connaissances, dans cet album. Muriel, notamment...

"Ce n'était pas voulu. C'est en écrivant la chanson, au moment de mettre en scène la copine du personnage, que j'ai cherché dans mon petit bestiaire et elle a surgi. A posteriori, quand on écoute la chanson, on se dit que ça ne pouvait être qu'elle, pas de doute ."

Dans Malgré tout, on retrouve le petit trentenaire qui désormais frôle la quarantaine et se demande s'il y aura quelqu'un pour se souvenir de lui. Ça vous taraude ?

"À vrai dire, cette chanson aurait pu être sur l'album précédent. Je l'ai retravaillée, vu que j'ai vieilli. J'allais pas tricher sur mon âge comme une vieille actrice. Ce n'est pas en tant que chanteur que ça me taraude : je n'ai pas de problème avec la postérité, parce que je ne la mérite pas. Moi, je veux être connu de mon vivant ! Disons qu'on est peu de chose, mais autant que ça se sache... "


Bénabar, Infréquentable, Sony/BMG. En concert les 18/02 à Tournai, 20/02 à l'AB et le 21/02 au Cirque Royal de Bruxelles.

Isabelle Monnart


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LE SOIR (Belgique) - 13 10 08

Bénabar « On est tous un peu responsables… »

THIERRY COLJON ET WILLIAM BOURTON


©️ SYLVAIN PIRAUX.

Par bien des aspects, la crise boursière indigne le chanteur. Mais il se refuse à hurler avec les loups, préférant plaider pour une réforme et un encadrement plus strict de l'économie de marché.

Les meilleures chansons de Bénabar partent souvent d'une situation de la vie quotidienne, ou de quelque chose lu dans les journaux ou entendu à la radio, dont lui seul a capté le potentiel poétique. Dimanche après-midi, quelques heures avant le concert philanthropique qu'il a donné pour Cap 48, le chanteur a effectué un crochet par la rédaction du Soir, afin de nous faire part de sa lecture singulière de l'actualité.

Sans surprise, c'est la profonde crise financière que nous traversons qui a d'abord retenu son attention. « Je me considère comme un privilégié, mais pour autant, je n'ai jamais misé un franc en Bourse, nous avoue-t-il d'emblée. Et j'en suis plutôt satisfait car, de la sorte, je ne me suis pas rendu complice de ce qui s'est passé. »

Notre invité se dit sans ambages « béotien » en sciences économiques. Mais il se tient au courant, en lisant la presse ; il cherche à comprendre, en citoyen responsable. « Une partie du problème provient du fait que les banques ne veulent plus se prêter de l'argent entre elles, commente-t-il. C'est incroyable. C'est un peu comme si un cuisinier refusait de consommer ce qu'il a préparé ! On a pu parfois avoir l'impression que cette crise se jouait dans un monde irréel… mais ses conséquences commencent à toucher la sphère réelle. »

Politiquement, cette crise donne de nouveaux arguments aux adversaires traditionnels du capitalisme. « J'ai en effet entendu certains gauchistes se réjouir de ce qui arrive, réagit le chanteur. C'est absurde, car tout le monde est dans le pétrin. Cela dit, on a vu, une fois de plus, la réalisation de la vieille formule selon laquelle certains (nantis) privatisent les profits et mutualisent les pertes… Et je trouve cela scandaleux. De même, heureusement qu'on n'a pas succombé aux “retraites par capitalisations” (un stock de capital est prélevé sur les salaires des travailleurs et confié à des fonds de pension, qui les placent principalement en obligations et en actions, afin de financer les retraites de ces mêmes travailleurs, NDLR) et autres produits que certains ont essayé de nous vendre ces dernières années. Si je peux donc être d'accord avec certaines analyses de l'extrême gauche, au-delà, leur discours conduit à des impasses. Je reste capitaliste, mais capitaliste de gauche. L'extrême gauche a longtemps reproché à la gauche réformiste d'accompagner le marché… C'est exactement cela qu'elle doit faire. Il faut en revenir à des règles. Le marché “autorégulé”, ça ne marche pas, on l'a vu. »

La moralité de ce discours pourrait être : « N'acceptez pas pour argent comptant tout ce qu'on vous dit. » Bénabar pourrait-il composer une chanson au message aussi explicite ? « Franchement non, répond l'intéressé, après une fraction de seconde d'hésitation. Je me méfie des gens qui délivrent des messages… »

Au cours de cette crise financière, le président français Nicolas Sarkozy s'est signalé par quelques mâles interventions, exigeant des changements à la tête de Dexia (dans le capital duquel la France est entrée), ou la fin du régime des « parachutes dorés », ces indemnités plantureuses accordées aux grands patrons qu'on veut virer.

« Sarkozy veut moraliser le capitalisme ; tant mieux, sourit notre invité. Cela dit, quand on sait qui sont ses amis et qu'on se souvient de ce qu'il disait il y a peu… Il surfe sur une vague. Pour moi, il est plus un homme politique qu'un président. Par rapport à ses déclarations, je ne suis pas de ceux qui réclament des têtes dans une sorte de grande cérémonie laïque, au cours de laquelle on se purifierait avec le sang des sacrifiés… Ce qui s'est passé est humain. Car tout le monde spécule – si j'ai un appartement à vendre, j'attendrai que le marché de l'immobilier soit au plus haut… Mais attention, cela ne veut pas dire que rien ne doit changer. Il ne faudrait pas qu'on éteigne l'incendie, que tout le monde paye les pots cassés… et qu'ensuite tout reparte comme avant ! Quand on entend certaines déclarations – comme celles d'Alain Minc, par exemple – on peut nourrir quelques craintes à ce propos. »
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MessageSujet: Re: [Archives]Articles sortie "Infréquentable"   Mer 22 Juil - 23:22

MIDI LIBRE (France) 13 10 08

La revanche de Bénabar "Infréquentable", CD 12 titres, distr. Sony/BMG.

Il n'en demandait pas tant, le Bruno. Un métier fait avec sérieux, une conviction qui reste juvénile, un public qui lui fait la fête, un répertoire sur une ligne claire qui prend le quotidien en compassion rigolarde. Une vie d'artiste plutôt épanouissante, même si les tournées ne permettent pas de rentrer à la maison aussi souvent qu'on voudrait pour voir le gamin grandir. Une pratique honnête d'auteur véritable qui chante des choses qui lui ressemblent. Ni pour changer le monde ni pour endormir le peuple. Juste pour chanter.

Et puis, patatras, sans qu'il le voit venir, il devient la cible privilégiée (de qui ? De quoi ? Pour quels intérêts ?), l'homme à abattre, l'incarnation maudite de la "beaufitude" absolue. Un décret invisible avec des insultes par interviews interposées, attaqué de toutes parts, comme si ce pauvre Bénabar, coupable de vendre des disques avec des chansons que tout le monde peut comprendre, était à lui tout seul la synthèse de tout ce que notre tradition populaire a produit de plus vulgaire, de plus moche, de plus démago. Une curiosité ce statut. Une nouveauté même. Mais qui, visiblement, si l'on prend la peine d'écouter attentivement le nouvel album du vieux trentenaire enthousiaste - « un sniper, un rapace... » - moqueur, flingueur, pratiquant l'autodérision, écolo ou « infréquentable », ne sera pas vraiment de nature à le déstabiliser. Juste un mauvais tacle, à oublier donc.

Douze chansons bien pleines, richement interprétées, qui donneront du bon grain à moudre sur scène, avec du cuivre, des claviers, des cordes, bref une garde-robe orchestrale qui ne se refuse pas grand-chose. Et puis, comme d'habitude, des personnages, des situations ou des commentaires. Sur l'état du monde ou le voisin d'à côté. Une poésie tendre de l'ordinaire. C'est peut-être bien cela qui dérange... L'Effet papillon, single qui ne s'interdit pas quelque facilité, est un catalogue amusant illustrant l'expression. Avec, au passage, une pierre dans le jardin du sexe opposé : « Avec la baleine, on fabrique du rouge à lèvres, des crèmes pour les filles, quand on achète ces cosmétiques, c'est au harpon qu'on se maquille... ». C'est Brigitte Bardot qui va être contente.

A la campagne où à peu près tout, comme les maisons du même nom, est finalement secondaire, c'est une fois encore le citadin épinglé. C'est drôle, c'est gourmand dans la petite trouvaille. Et on pourrait ainsi aborder ces douze chansons qui fleurent bon l'artisanat moitié savant moitié branleur. Et qui ont toutes leur place, même si, sur l'étagère, dans l'ordre alphabétique, Bénabar est peut-être un peu trop serré contre Benjamin Biolay...


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20 minutes (France) 13 10 08

« J'ai vraiment fait la guerre à mes habitudes »


Alain Jocard AFP/Archives ¦ Benabar se produit sur scène, le 24 avril 2004 à Bourges

Cet album est plus sombre...

J'en suis le premier surpris. Certaines chansons étaient parties pour être rigolotes et ont mal tourné.

Pourquoi Infréquentable ?

Je trouvais le mot marrant et assez efficace. C'est toujours utile de prendre du recul, mais en restant un chanteur, c'est-à-dire avec tout l'ego qui va avec.

Sur L'Effet papillon, vous aviez envie de tirer la sonnette d'alarme ?

Non, je n'ai pas cette prétention. En plus, je ne fais qu'enfoncer des portes ouvertes. Ce qui m'intéressait, c'était de revenir à la responsabilité qu'on a tous. Et je trouvais captivant de partir de quelque chose de très large (la banquise, les flux financiers...) et de redescendre vers le particulier. Une sorte de travelling avant, alors qu'en général, j'utilise le procédé inverse.

Vous avez mis le piano en sourdine...

Habituellement, je compose au piano et un peu à la guitare, même si je suis encore plus nul qu'au piano ! Cette fois, on a fait les maquettes à la guitare. J'ai des habitudes. Quand on est indulgent on appelle ça du style, mais c'est une forme de paresse. Je me suis vraiment fait la guerre là-dessus. Dès que je voyais que c'était un peu trop « du Bénabar », j'essayais de changer.

Pour la tournée, qui auriez-vous envie d'inviter sur scène ?

Des chanteurs, de Bashung à Renaud, et puis les copains : Cali, La Grande Sophie... Les reprises m'excitent peu, mais inviter des gens sur scène, c'est un vrai cadeau pour le public.

Vous vous lancez dans le cinéma dans le film Incognito, d'Eric Lavaine. Pourquoi ?

Je connaissais le réalisateur, l'histoire me plaisait beaucoup. Et l'occasion fait le larron. Cela va être une comédie assez tendre sur l'amitié, un thème très présent dans mes chansons. C'était passionnant de jouer, ça m'a beaucoup remué.

Le métier d'acteur pourrait-il vous détourner de la musique ?

Je n'imagine pas ne plus faire de chanson. Mais j'imagine très bien que les gens n'aient plus envie de les entendre.

Recueilli par Oihana Gabriel - ©️2008 20 minutes


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Pure People - 13 10 08

Quand Bénabar devient 'infréquentable'… on adore !

Après un peu plus d'un an de retrait sabbatique, Bruno Nicolini a laissé ses petites habitudes anonymes, sa boulangerie de quartier, sa femme, leur fils Manolo, et repris la route, la gouaille en bandoulière.

Bénabar, puisque c'est ainsi qu'il faut l'appeler à présent qu'il a décidé de présenter son nouvel album (le cinquième en incluant l'artisanal La P'tite Monnaie paru en 1998 sous le nom de Bénabar et Associés). Contrairement à ce fameux Dîner qu'il boudait et qui a été tellement plébiscité, il ne s'en fout pas, il ne se cache pas sous les draps, et il y va : ce nouvel opus, Infréquentable, en poche, il a imposé avec un volontarisme réjouissant à sa maison de disques (Sony) une tournée de présentation. "Ce n'est pas une façon de jouer la proximité, clarifie-t-il dans les colonnes du Parisien, qui l'a suivi dans son périple à Strasbourg puis à Lille. Je ne suis pas là pour acheter les suffrages du public."

Une campagne sans ambages qui chouchoute les médias locaux, et n'est pas sans rappeler les efforts des débuts : une période de pur artisanat menée par Marion Richeux, une fan de la première heure devenue son fidèle manager à force de persévérance. Treize ans que ce tandem fonctionne. A la base, Marion a "pris une claque" en le découvrant dans un café : "Je me suis dit : on est cent à le connaître aujourd'hui. Dans quelques années, il n'y aura plus que cent personnes qui ne le connaîtront pas". Un franc-parler qui ne surprendra personne. Pour mieux comprendre ce tandem de choc il faut avoir vu Marion dans les coulisses au Zénith ou en province, où encore au show-case donné rue de Lappe à Paris devant 300 personnes en 2005 pour Reprise des négociations... c'est fusionnel !

Pourtant, Bénabar, qui tournait alors avec son pote Patchol (qui est l'auteur de son pseudo), a mis du temps à saisir la perche : "Il s'en foutait, se souvient Marion. Bruno ne donne pas son amitié de prime abord. Il peut rester dans la sympathie de surface. A l'époque, je bossais dans un petit label, j'ai commencé à travailler de mon côté, dans son dos". Une judicieuse initiative, qui permet à l'artiste, à la faveur des médias locaux notamment, de parcourir la France avec la salvatrice fantaisie qu'on lui sait. La suite, on la connaît tout aussi bien : l'album éponyme Bénabar, en 2001, fait sensation, porté par le titre Bon Anniversaire. Un "vrai" premier album rendu possible grâce… au système D, une fois de plus : "on a demandé à des amis de mettre chacun 10 000 F pour autoproduire le disque, se remémore la manageuse de choc. On s'est retrouvé avec 350 000 F".

Sorti en 2003, Les Risques du métier s'écoule à quelque 750 000 exemplaires, et Reprise des négociations (2005) est propulsé par le single Le Dîner jusqu'à atteindre 1,3 million d'unités vendues.

Après une tournée triomphale et des débuts au cinéma (dans Incognito [sortie à l'été 2009] — un titre qui lui colle à la peau — d'Eric Lavaine, rencontré sur le tournage de la série H dont Bénabar était scénariste), Bénabar devient donc Infréquentable, à partir du 13 octobre (dans les bacs).

Un opus à la musicalité et l'instrumentation plus élaborée que les précédents, et à la plume qui, tout en conservant cette légèreté dégingandée qui est la patte de l'artiste, se plaît à arpenter les sentiers battus. Autre signature de l'artiste, la délicate amertume et le charme suranné qui parcourt les chansons de Bénabar (qui, avec Reprise des négociations, se voyait "défendre une variété qui parle à plein de gens, entre Souchon et Joe Dassin, [pour] ne pas s'enfermer dans une chanson française sclérosée") reste bien présente, comme en atteste le premier single, L'Effet papillon : un titre qui, d'un battement d'ailes, vole d'anecdotes du quotidien toujours bien croquées en considérations sur l'état de la planète. "Je défonce des portes ouvertes dans ce morceau, sur les plans sociaux, la fonte des glaces, commente l'intéressé. Je voulais faire une chanson entonnoir avec en toile de fond le thème de la responsabilité. Je ne suis pas du tout engagé. J'ai juste des opinions." A découvrir en cliquant ici, et d'autres extraits de l'album ici.

Comme le résume fort élégamment Ludovic Perrin pour Libération, "le principe maison de deux traits de drôlerie pour une pointe de mélancolie se voit là inversé. On appelle cela comme on veut, ce jeu des contrastes, l'élégance de ne pas trop faire état de ses inquiétudes tout en les disant".

Ce Bénabar est décidément un garçon plus que fréquentable.

Guillaume Joffroy
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MessageSujet: Re: [Archives]Articles sortie "Infréquentable"   Mer 22 Juil - 23:25

Le Journal du Dimanche 13 10 08

Bénabar bouscule ses habitudes
Par Eric MANDEL

Bénabar livre ce lundi son dernier opus, Infréquentable. Le chanteur trentenaire approche maintenant de la quarantaine et s'est débarrassé d'une certaine fantaisie post-adolescente dans l'écriture et la musique, pour des textes contenant plus de gravité. Celui qui a toujours eu peur de se prendre au sérieux refuse toutefois de parler d'album de la maturité.


Bénabar s'est imposé comme une pointure de la chanson française. (Maxppp)

Et s'il avait livré l'album tant redouté? Le fameux "disque de la maturité"? Depuis son deuxième opus solo (Les Risques du métier, 2003), Bénabar répétait à l'envi cette appréhension de "l'album adulte". Aujourd'hui "Le petit trentenaire" (tube tiré de son premier album) approche de la quarantaine et il s'impose comme un poids lourd de la chanson française. Son précédent album, Reprise des négociations, a culminé à plus 1,5 million d'exemplaires (un exploit en ces temps de crise du disque) et il peut se targuer d'avoir rempli Bercy en clôture d'une tournée hexagonale triomphale. "Les choses sont moins tranchées, plus diffuses, corrige Bénabar, sourire en coin, dont le répertoire a toujours oscillé habilement entre légèreté et gravité. Je ne me suis pas réveillé un matin en me disant: 'ça y est, je suis mûr, finie la déconnade.' On trouvera dans cet album des évolutions notables. Mais je pense avoir évité tout le côté déprimant de la maturité".

"Moins peur du premier degré"

Bénabar, qui aime à se définir comme "un dépressif de bonne humeur", n'a effectivement pas renoncé à son sens de l'humour, forgé comme auteur chez Canal pour la série H. Au fil de l'album, on le suit secourir et secouer un ami dépressif dans une chanson drôle à pleurer, comme en écho au Jef de Brel. On le voit camper un type maladivement jaloux d'une infidélité supposée de son meilleur ami (T'étais où). Et livrer une satire savoureuse des clichés du citadin parti se mettre au vert (A la campagne). Mais le recours au ressort comique se fait moins systématique, notamment pour aborder des thèmes lourds comme les questionnements sur le sens de la vie (Malgré tout), la fuite du temps (Les Reflets verts). Si ces chansons ne montrent pas un Bénabar au sommet de son inspiration, elles témoignent d'une volonté louable de bousculer ses habitudes. "Je devais faire gaffe à ne pas trop 'faire du Bénabar'. Par le passé, j'aurais peut-être désamorcé le sérieux par une vanne au milieu, aujourd'hui j'ai un peu moins peur du premier degré."

L'année prochaine au cinéma au côté de Franck Dubosc

En revanche, Bénabar impressionne avec Voir sans être vu, le portrait en ellipses pudique d'un homme désespéré au point de se défenestrer. Une évolution notable dans l'écriture, plus épurée. Comme dans la musique, moins chanson française de bastringue, plus élaborée et pop. "Je voulais faire un disque à l'anglo-saxonne, avec des guitares et des cordes, surprendre avec un son un peu différent, bref, changer le papier peint." Volonté aussi de sortir de la facilité et de son penchant - souligné par Souchon - à abuser des anatole, ces suites d'accords basiques et archiconnues de la profession.

"Une critique bienveillante", assure Bénabar. L'album se termine en beauté avec la chanson-titre, Infréquentable... Déclaration fielleuse d'un prétendant aigri et malveillant. "J'aime ce contre-pied, détourner les codes de la chanson d'amour salvatrice pour explorer les sentiments les plus bas. Et puis endosser un rôle ingrat me plaît, avec cette idée que les défauts sont touchants." On le retrouvera l'année prochaine au cinéma, dans Incognito d'Eric Lavaine, aux côtés de Franck Dubosc, dans la peau d'un... chanteur sans génie, devenu une star en usurpant les chansons d'un ami disparu (incarné par Jocelyn Quivrin). Pour le coup, un vrai rôle de composition.


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Libération 13 10 08

Bénabar, blague à part

Success story. A l’approche de la quarantaine, le chanteur populaire revient avec «Infréquentable», quatrième album qui met un peu sa gouaille en sourdine.


Bénabar à la cérémonie des Victoires de la musique, le 10 mars 2007. (REUTERS)

Moins de fanfares, moins de blagues, le quatrième Bénabar marque une nette évolution de style comme de propos. Rappel des faits. Depuis son premier disque en 2001, Bénabar a connu une progression constante. Avec une popularité à la Renaud lestée d’une endurance à la Brel, il a fini par faire vivre toute une industrie. Mais après le disque Reprise des négociations, en 2005 - ayant atteint 1,3 million de ventes - et un Bercy en fin de tournée, le chanteur s’est octroyé un an et demi sabbatique.

Cet automne, Bénabar revient avec Infréquentable : changement de réalisateur et cordes sous la direction de David Whitaker, vieux monsieur jadis penché sur les œuvres des Stones comme de Gainsbourg et de France Gall. «Les cordes à Londres, c’était pour aller au bout d’un rêve à la Melody Nelson. Ça m’amusait de me donner les moyens de changer de son : surprendre dans un univers très identifiable.»

«Royalties». On a beaucoup vu Bénabar ces dernières années, il en est conscient, volonté même de se mettre en veilleuse. Il n’ignore pas que le succès est capricieux. Pourra-t-il se mesurer aux chiffres du passé ? «Je ne sais pas, le marché a encore tellement chuté… Mais, même si j’adore avoir des royalties, ce qui m’intéresse, c’est que mes chansons parlent aux gens. Les chiffres ne sont qu’une traduction de cette reconnaissance», avoue-t-il, cheveux teints, quelques kilos en moins, regard toujours clair et intense.

Un chanteur en changement donc, mais pas en rupture. «Je n’envisage pas l’évolution en termes de chapitres, mais de cycles. Le premier album, c’est toujours magique, il y a une innocence, une spontanéité, un manque de professionnalisme. Courir après reviendrait à essayer à 60 ans d’en paraître 20. Etre anachronique vis-à-vis de sa propre vie», poursuit celui qui s’est toujours amusé à mimer les vieux chanteurs en duo avec son «idole» Michel Delpech.

Son premier album l’avait fait connaître avec une chanson, Bon Anniversaire, constat aux abords de la trentaine. Il approche des 40 ans et se revendique le droit «d’être encore bien con». Dans sa bouche, cela veut dire avoir encore des choses à dire sans se prendre trop au sérieux.

Le nouvel album a été terminé parallèlement au tournage du deuxième film d’Eric Laveine, rencontré à Canal + (série H). Incognito est l’histoire d’un duettiste qui fait un triomphe après la mort de son compagnon en s’appropriant ses chansons. Une fable sur l’imposture qui plaît bien au chanteur.

Infréquentabledémarre par le versant introspectif, avant de réaffirmer ce qu’on connaît plus (chansons-sketchs, histoires de garçon sur fond de cuivres et de tempos dédoublés). L’Effet papillon est le single d’ouverture, zoomant des préoccupations de la planète aux petits tracas quotidiens, un coup de soleil ou une tromperie mal digérée - «Je ne voulais pas faire une chanson sur l’état de la planète, personne ne trouve ça sympa, la fonte de la banquise, mais une chanson entonnoir avec en toile de fond le thème de la responsabilité.»

Coup de déprime. On rentre ensuite dans le vif du sujet avec Allez !, qui a failli s’appeler Une balle dans la bouche. La maison de disques a cru mourir. Finalement, un titre plus engageant a été trouvé in extremis pour cette bonne ballade, commeMalgré tout, sur la défaite d’une génération à s’être inventé un modèle, ou Voir sans être vu, sur la fragile possibilité d’être reliés au même moment sur le globe. Ce sont là des chansons-guitares, nuances d’une voix moins timbrée, sourire sur un coup de déprime ponctuant les titres festifs. Le principe maison de deux traits de drôlerie pour une pointe de mélancolie se voit là inversé. On appelle cela comme on veut, ce jeu des contrastes, l’élégance de ne pas trop faire état de ses inquiétudes tout en les disant.


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MLADY.fr (Internet)

Bénabar : l'interview miroir
Nous avons demandé à Bénabar de répondre à nos questions en regardant la pochette de son nouveau titre «l'effet papillon». Voici l'interview-miroir.

Regardez la pochette et parlez-nous un peu de cet homme ?

Bénabar : A première vue, c'est un type extrêmement bien, il a un regard très intelligent. Il a l'air d'être à la fois super bien foutu, très musclé et très malin. C'est curieux, non?

Il fait quoi cet homme sur la pochette ?

B : Il s'exerce à une espèce de pas de danse de flamenco tout pourri, je crois. Moi même, j'aimerais bien comprendre pourquoi il fait ça, à vrai dire.

Pourquoi a-t-il l'air si sérieux ?

B: Parce que quand il danse le flamenco, il est toujours très sérieux. C'est le genre de chose qui ne se fait pas à la légère. Le flamenco est très important pour lui.

Pourquoi ce type est il-infréquentable, comme l'indique le titre du nouvel album ?

B: Il l'est plus que la chanson le laisse entendre, je l'espère en tout cas. Mais je n'en dirais pas plus pour ne pas gâcher le suspens. Les gens n'ont qu'à aller l'écouter…

Une chanson de Bénabar qu'est ce que ça peut déclencher comme effet papillon ?

B: Idéalement, du plaisir chez l'auditeur, c'est en tout cas ce que j'essaie de faire et rien que ça c'est déjà énorme.
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MessageSujet: Re: [Archives]Articles sortie "Infréquentable"   Mer 22 Juil - 23:29

Télérama - 15 10 08


Bénabar. Infréquentable

Y a pas que d'la joie

Bénabar a mûri : sous des airs entraînants, le propos est moins léger.

Sur lui, on a déjà beaucoup parlé, parfois à tort et souvent de travers. On a fait de lui, sans qu'il en demande autant, l'un des parangons d'une chanson prétendument nouvelle - alors que la sienne s'inscrit de plain-pied dans une tradition populaire qu'il a toujours revendiquée. On a aussi souligné, pour le lui reprocher, qu'il chantait sans se lasser des petits soucis de trentenaires... Pas faux, bien sûr, mais réducteur - Le Vélo ou Majorette, curieusement ignorés des radios, sont de très jolis titres qui n'ont rien de nombriliste.

Quoi qu'il en soit, désormais il faudra changer d'étiquette, car Bénabar vieillit, la trentaine s'éloigne, dans la vie comme dans les chansons. Sous une dérision qui défie les angoisses et sous des rimes très terre à terre qui fuient la poésie, les mots brossent des (auto)portraits peu flatteurs et moins légers qu'hier, évoquent l'amour qui s'use et les vies qui s'étiolent avec un brin de fatalité (de temps à autre, on songe au Vassiliu méconnu, dans ce qu'il a de plus tendre et de plus pudique). De prime écoute pourtant, on ne remarquera pas grand-chose : les cuivres et les guitares résonnent encore très joyeusement - penchant parfois vers le western, rappelant par moments Joe Dassin. Il suffira d'ailleurs d'un instant pour parier sur les succès les plus entraînants : L'Effet papillon ou le très réussi Infréquentable. De quoi combler d'aise des salles entières.


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LA CROIX - 16 10 08

Bénabar peaufine son réalisme grave et léger

Pour son cinquième album, le chanteur offre douze chansons au ton décalé, existentielles ou légères. Un travail d’artisan

Un nouvel album de Bénabar, c’est plutôt bon, habituellement, pour le moral. Le cinquième au titre très bénabarien, Infréquentable, est fidèle à ce mélange de dérision réjouissante, bien vue, et de sensibilité vive. L’ancien auteur de sketchs de Canal + est passé, en seulement huit ans, des petites salles au public confidentiel aux grands espaces des Zéniths. Et des vannes débonnaires aux textes et aux musiques ciselés par le labeur. Ses ventes affichent des scores atypiques dans un secteur où les bilans sont sinistrés. Visiblement, on a besoin de ses chansons et de son art de la scène.

La charge est parfois un peu lourde. Succès oblige. Il a été rapidement labellisé chef de file de la nouvelle chanson française avec l’ami Vincent Delerm et Jeanne Cherhal. « Un truc de journaliste », objecte Bruno Nicolini devenu Bénabar. Il est trop inquiet déjà de savoir comment sera reçu le nouvel album pour ne pas faire le malin. « J’écoute toutes les critiques qui me sont faites. » Et puis, la vie, c’est aussi tous ces moments où il se consacre à autre chose que l’écriture ou les tournées.

Il aime faire la cuisine, il débute au cinéma. Et sa vie a changé depuis qu’il est papa d’un petit garçon. Il chante pour être entendu par le plus grand nombre et le label « populaire » le réjouit. Il prend ses précautions. « Je fais tout pour ne pas tomber dans le piège de la célébrité », répète-il. Il refuse, par exemple, les séances de photos avec sa famille qui fourniraient les rubriques « people ». Il préfère mettre en avant ses copains. Comme dans les disques.

La grande affaire, ce sont les sentiments

« Je suis un privilégié », souligne-t il. Dans ses chansons, les couleurs sont globalement plus contrastées. Entre le vif de la fête et le gris du poids du jour. Sa quarantaine approche et il se soucie alors de la trace qui sera celle de sa génération, comme dans la chanson Malgré tout. Les cordes viennent en renfort des guitares, du piano et des cuivres familiers. Ou bien, le regard d’un inconnu croisé dans l’escalier et qui vous en dit tant sur la solitude (Voir sans être vu).

La manière Bénabar surfe sur ces divers climats qui rendent une atmosphère respirable. Un peu plus loin, la musique aux accents latins de Louis Chedid (Pas du tout) rythme un de ces dialogues où le chanteur ne se prend pas au sérieux. L’autoportrait est si drôle. Chez Bénabar, on parle de tout mais pas tout à fait comme tout le monde. La campagne ne le branche pas et il n’aime pas les numéros.

La grande affaire, ce sont les sentiments. Sans oublier le monde où on vit. « Je ne suis pas engagé mais j’ai des opinions, de plus en plus, que je voudrais bien écrites », précise celui qui reconnaît n’avoir jamais été un grand idéaliste. « Mes héros ont toujours joué collectif. Pour moi, l’engagement commence dans la façon de se comporter avec son marchand de journaux. »

Bénabar sûr de rien ? On va le voir bientôt au cinéma dans la peau d’un autre. « Sur scène, je suis mon propre patron. Là tout le monde dépend de tout le monde. On verra si j’ai été bon. » En attendant le verdict en salles, on peut écouter les 12 titres d’un album très fréquentable et réserver sa place pour les prochains concerts. On sait que l’on en sortira meilleur.


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L'Est Républicain - 16 10 08

Les insomnies du chanteur
Nouvel exercice pour Bénabar qui marque une vraie évolution en se revendiquant de la variété «entre Coldplay et Gainsbourg».

Une chanson traite du temps qui passe et tout le monde souligne que l'artiste trentenaire arrive à la quarantaine.
Ce n'est pas tant que ça. D'ailleurs, je n'ai toujours que trente-neuf, je tiens à le souligner ! Faire un cinquième album n'est pas anonyme. Je ne suis plus un petit gamin. Ce que je ressens n'a rien de douloureux et l'idée de vieillir ne m'ennuie pas du tout.

Le premier titre choisi pour single, «L'Effet Papillon», sonne Bénabar. Les autres vont plus loin !
- Déterminer de tels choix relève d'une démarche particulièrement marketing. On a pensé qu'un truc entraînant demeurait le plus abordable à la première écoute.

Vous avancez mais le son Bénabar demeure !
Merci. L'objectif n'est pas forcément de changer mais d'évoluer. Il ne faut surtout pas qu'on ait l'impression d'un fonds de commerce avec obligation de vendre à tout prix et n'importe comment. Je continue sereinement ma route avec le risque vrai de me remettre en question.

Débuts au cinéma

Avec «Où t'étais passé ?», vous faites vôtre le rythm'n blues !
Aller vers ce style n'était pas le projet au début de l'écriture de la chanson. On a commencé et puis est venu ce son soul de l'homme blanc des années 60 que certains comparent à ce qu'a pu faire Nino Ferrer à ses débuts, du moins dans l'expression musicale. Il y avait le clavier et les cuivres sont intervenus pour ne pas faire «à la manière de...» Sur cet enregistrement, on ne s'est jamais rien interdit. On est allé au bout de réalisations un peu plus ! Je vais vers la pop dans des morceaux comme «Vu sans être vu».

Un titre qui raconte la défenestration d'un désespéré !
Elle m'est venue sur un constat qu'on fait tous sur la solitude dans les grandes villes, l'isolement, le manque de contact entre les individus et le désespoir. Il y a des gens qui sortent contre leur volonté du circuit et ne parviennent jamais malgré leurs efforts à le réintégrer... J'écris plus au premier degré parce que le syndrome de la distance par rapport aux sentiments s'est réduit.

Vous faites vos débuts au cinéma avec Eric Lavaine, un milieu d'où vous venez !
Il fait ses premiers pas de réalisateur. Nous avons travaillé ensemble sur des séries pour Canal, je me chargeais des scénarios. Nous avions le projet secret de faire quelque chose ensemble au cinéma. J'ai un peu participé au scénario.

Il traite d'un milieu que vous connaissez particulièrement, celui de la chanson !
Je répète : «un peu». Je n'ai vu à ce jour que quelques extraits. Les retours sont bons mais je reste réservé sur ma performance... Je ne me suis pas projeté dans le futur mais pourquoi pas récidiver. Tout dépend en fait des projets qu'on vous fait parvenir.

Vous vous situez effectivement dans la variété entre Gainsbourg et Coldplay ?
Je dois être quelque part au milieu de ça. Je le prends comme un compliment. Je traite de sujets quotidiens dans lesquels les gens ne se sentent pas concernés. Je retiens des situations, des attitudes mais n'ai pas une démarche de chroniqueur. L'important n'est pas de savoir ce qu'on raconte mais comment on le fait. Pour moi, rien n'est acquis. Je connais les insomnies du chanteur. Ceux qui fonctionnent autrement sont des crétins !

Jean-Paul GERMONVILLE «Infréquentable
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MessageSujet: Re: [Archives]Articles sortie "Infréquentable"   Mer 22 Juil - 23:35

Métro - 16 10 08

17/10/08

Egocentrique, mais nombriliste



A l’approche de la quarantaine, Bruno Nicollini alias Bénabar publie son nouvel album "Infréquentable" (BMG), plus cool mais moins apaisé qu’on pourrait le penser. Entretien, hier, dans les locaux de Metro à Paris au cours d’une journée promo bien remplie.

Vous enchaînez les interviews, on vous voit partout. La promo, est-ce un exercice dans lequel vous êtes à l’aise ?C’est plutôt agréable, franchement. Au début, je rêvais d’avoir de la presse, d’intéresser les journalistes. Même si j’ai moins galéré que d’autres, je mesure la chance que j’ai. Et puis la promo, je trouve ça plutôt sain. Ce n’est pas seulement vendre son disque, mais aussi essayer de reprendre une conversation avec le public. Participer au débat comme disent… Les politiques !

« Participer », être dans la société, ça fait partie de votre personnalité…
Je veux être dans la société, oui, même si je fais partie de la France d’en haut. J’essaie de me tenir au courant, j’aime bien que mes chansons soient inscrites dans le monde d’aujourd’hui. C’est pour ça que je parle de mobylette, de cafetières, d’I-Pod. Mon décor est réaliste…

Justement vos chansons sont souvent des scénettes de la vie quotidienne. Comme si vous écriviez de petits scénarios…
C’est ce qui m’attire : raconter une histoire, même si au final, je parle toujours de moi. Le but, c’est d’assumer d’être égocentrique, en évitant de devenir nombriliste. Les histoires autour, c’est une façon de prendre un peu de recul.

Le disque est plus doux, moins survolté que les précédents. C’est délibéré ?
Ce n’était pas forcément une volonté de douceur mais une volonté d’évoluer musicalement. Est-ce que c’est réussi ou pas ? On a tout fait pour. En tant qu’auditeur, je préfère un chanteur qui se plante avec un disque sincère qu’un autre qui essaie de me revendre le même truc pour faire de la Sacem !

Vous aviez chanté à Charléty pour Ségolène Royal. Et pas au Zénith ?
Je ne pouvais pas être au Zénith pour des raisons personnelles. Lorsque je suis allé à Charléty, c’était avant le deuxième tour, les sondages étaient mauvais, les artistes de droite étaient allés soutenir Sarkozy... Il y avait pour moi une obligation de loyauté. En revanche je n’éprouve pas le besoin de m’afficher avec des politiques en dehors de périodes comme celle-là. Je ne suis pas militant du PS, je n’ai pas ma carte. Je vote aux présidentielles, c’est différent.
Vous avez fait un film en parallèle à l’album, "Incognito", « avec Jocelyn Quivrin et Franck Dubosc, sortie en juillet 2009 – ndlr)…Juste après. C’est l’histoire d’un chanteur qui devient connu en prenant les chansons d’un copain qu’il croyait mort. Sauf que le copain revient ! Je joue le rôle du chanteur, avec la grosse bagnole, la grosse maison. Pendant trois jours, je dois lui cacher tous mes signes extérieurs de succès. Ca m’a assez fasciné, mais je ne suis pas sûr de le refaire. Ca dépend du succès et des propositions.

Vous avez bientôt 40 ans. Avez-vous la vie dont vous rêviez à 20 ans ?
A 20 ans j’étais plutôt parti pour être aventurier, grand reporter au bout du monde, une femme dans chaque port. Sauf que je tombe dans les pommes dans un ascenseur ! J’ai raté la partie aventurier, mais j’espère ne pas avoir trahi mes idéaux. J’ai la même vie qu’avant, en plus confortable.


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LE TEMPS (SUISSE) - 22 10 08

Bénabar mue pour échapper à la «claustrophobie artistique»

«Il faut relativiser notre statut. Dans la majorité des cas, le chanteur n'invente rien.» Bénabar

CHANSON. Dans «Infréquentable», cinquième album en douze ans du titi au bagout bien frappé devenu vedette populaire, le chanteur se fait plus psy que persifleur. Interview.

Olivier Horner

Bientôt quadragénaire, comme il le rappelle dans une chanson mélancolique d'une noble modestie («Malgré tout»), Bénabar privilégie davantage les évocations des faux-semblants que le comique de situation qui a contribué au succès exponentiel du trentenaire. Après presque 1,5 million de copies de Reprise des négociations il y a trois ans, son sens d'observateur des mœurs humaines se porte sur des cadrages moins serrés dans Infréquentable. Rencontre.

Le Temps: Vous sortez d'un tour de France promotionnel dans sept villes outre Paris. Sans compter la Belgique et la France. Quelle mouche vous a piqué d'effectuer un tel marathon ?

Bénabar: C'était une volonté de changer, de refaire de la promotion de proximité. Sans vouloir à toute force flatter le public et les médias, sans démagogie donc. Il s'agissait de conserver un côté frais et spontané dans ma promo - même si c'est usant -, afin d'éviter l'ennui et la représentation à la façon d'un acteur hollywoodien qui sert son laïus de «c'est formidable d'avoir travaillé avec tel ou tel». Cela permet aussi d'avoir plus de retours critiques sincères sur son travail.

- Pour quelqu'un dont le parcours a démarré sur les petites scènes, dans les cafés-concerts il y a près de quinze ans, c'est une manière de garder les pieds sur terre malgré le succès ?

- J'ai plutôt les pieds sur terre de nature. Mais c'est vrai que contrôler, être vigilant sur cet aspect-là de mon métier compte. Plutôt que d'accorder audience dans un grand hôtel comme ici à Genève avec des médias qui défilent à la queue leu leu. C'est une façon de ne pas faire n'importe quoi sous couvert de célébrité et de mieux assumer toutes les facettes de mon métier. C'est une manière de ne pas se laisser dévorer. De ne pas devenir le jouet des événements.

- «Infréquentable» semble révéler une volonté de changement musical et un désir d'abandon progressif des chansons saynètes ou à sketches vers une écriture aux focales plus larges ?

- C'est vrai mais c'est une transition pas pleinement consciente. Même si j'espère toujours écrire de belles et touchantes chansons, je n'arrive pas à être aussi stratège, car à un moment tu es obligé d'écrire sur ce qui te passe par la tête et te touche. J'avais surtout l'envie de ne pas m'enfermer. Musicalement et sur le plan des textes, j'ai eu peur de me recroqueviller sur une recette et craignais une forme de claustrophobie artistique. Et comme je suis plutôt inquiet de nature, il fallait à tout prix anticiper. Donc oui, Infréquentable découle d'une volonté d'élargir les horizons. Ce qui ne signifie pas renier ses modèles de chanteur populaire, tel Michel Delpech. Trouver des éclairages neufs était ainsi indispensable.

- Eviter de tomber dans la capitalisation d'un fonds de commerce tout en jouant la carte d'une certaine continuité ?

- Sans vouloir changer radicalement, la peur du fonds de commerce était prégnante. D'autant plus que l'album précédent s'était très bien vendu. Pour un cinquième album en douze ans, au-delà des jugements de valeur sur les chansons, une évolution dans la continuité était nécessaire.

- La veine mélancolique, sombre parfois, que vous affirmez via quelques ballades procède-t-elle de ce changement ?

- C'est un penchant que je n'ai pas senti sur le moment. J'ai rarement de point de vue global sur un disque, qui s'écrit toujours titre après titre pour moi. C'est involontaire mais je l'ai constaté avec le recul, les avis du public et des médias. Hormis pour une chanson comme «Malgré tout», sciemment triste où on n'a pas lésiné sur les moyens, avec les violons notamment. Il ne manque plus que Jane Birkin en train de pleurer dans un coin pour que ce soit le noir total... C'est peut-être ce côté jusqu'au-boutiste qui différencie au final Infréquentable des autres disques. Je ne fais plus une chanson triste et deux vannes derrière; ça patine l'album et le rend sans doute plus romantique, en demi-teinte en tout cas.

- L'observation qui a guidé «Malgré tout», c'est l'idée du legs, d'une postérité ?

- Ce n'était pas l'idée de postérité artistique personnelle, égocentrique. Je voulais plutôt évoquer l'Homme, mes frères humains. J'ai même réécrit la chanson parce qu'elle était trop grandiloquente à l'origine. Je voulais évoquer Monsieur et Madame Tout-le-monde, ceux qui n'ont pas apporté la Révolution française ou contribué aux périodes importantes de l'histoire de l'humanité mais peuvent tout de même être fiers. Indirectement, après lecture a posteriori, c'est aussi une manière de relativiser le rôle et le statut du chanteur qui, dans la majorité des cas, n'a rien inventé non plus de fondamental.

- «Tout vu, tout lu», c'est une pique contre les imposteurs ?

- Sans jugement de valeur, avec tendresse face à une détresse, c'est la mythomanie que je décris, une tendance qui rôde davantage dans les métiers où des lumières brillent facilement...


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LE MATIN (SUISSE) - 21 10 08

Bénabar : «Je suis très carriériste!»

Dans son dernier CD, moins de blagues et de fanfares. Mais le chanteur reste très fréquentable.A+ A- Imprimer RSS Envoyer Recommander Réagir Rencontre avec Bénabar, auteur d'«Infréquentable».

Qui l'eût cru ? Bénabar, champion pour balancer en chansons des histoires débloquantes, a un plan de carrière. «Oh, très sommaire... Faire des albums et des tournées le plus longtemps possible. J'aime l'idée de réaliser des disques à la manière de conversations interrompues, comme j'envie les longues carrières à la Souchon.»

Le «petit trentenaire» de la chanson française, de passage hier à Genève, frôle les 40 ans. Il garde son côté gavroche, son sourire mi-timide, mi-caustique, et continue de toucher frénétiquement du bois quand on évoque son succès. «Reprise des négociations» (2005) s'est vendu à 1,3 million d'exemplaires: un record dans une industrie discographique bringuebalante.

Cet automne, l'auteur d'«Il y a une fille qui habite chez moi» ou de «Maritie et Gilbert Carpentier» nous revient avec «Infréquentable». Si l'univers bénabaresque a toujours oscillé entre dérision et gravité, cette fois, une sorte d'introspection mélancolique prend le dessus. Rien de tragique, juste une ambiance plus feutrée, moins clinquante, autour de petites histoires sur «les femmes qui pleurent quand elles nous brisent le coeur» ou sur «une bonne petite dépression». Douze chansons, autant d'allers-retours entre sourires et soupirs.

Vous n'êtes pas en train de nous faire une petite dépression ?
Non. Ça va, ça vient. Je suis un peu cyclothymique, comme tout le monde.

Votre album est un peu plus grave. Bénabar a changé ?
J'espère surtout avoir évolué. Ce sont des choix inconscients qui traversent les disques.

On vous qualifie de poids lourd de la chanson...
J'ai du recul. Rien ne prouve qu'«Infréquentable» aura le succès du précédent. Il marchera sans doute moins bien, vu l'industrie du disque qui s'écroule. Mais s'il ne se vend pas du tout, je serai à ramasser à la petite cuillère!

Vous l'aimez autant que les autres, cet album ?
Oui. Mais j'ai un autre regard sur moi et sur lui. Avant, je me disais que si vous n'aimiez pas mon disque, vous ne m'aimiez pas. Aujourd'hui, c'est moins grave. Face aux autres, je ne me résume plus qu'à mon travail.

Vous avez un fils de 4 ans et demi. A-t-il changé votre vie ?
Comme pour tout le monde. Disons que ça ne change rien en surface : je suis toujours aussi con, j'aime toujours faire la foire avec les copains. Mais ça change tout au fond de soi.

Au fond de soi ?
Oui. C'est la première fois qu'il y a quelqu'un de plus important sur terre que moi! C'est dur, non ?

Lors de la sortie des «Risques du métier», vous nous disiez: «Il faut faire attention à ne pas se pourrir la santé.» Comment ça va ?
Je ne m'en sors pas trop mal. J'ai arrêté de fumer. Restent la bouffe et le rouge. Je suis un maniaque de la gastronomie. Je passe ma vie à acheter des revues gastros, j'aime autant un bon steak frites qu'un trois-étoiles. Je fais aussi du sport, du footing, et je ne suis pas devenu chiant pour autant. N'est-ce pas ?
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MessageSujet: Re: [Archives]Articles sortie "Infréquentable"   Mer 22 Juil - 23:41

LA TRIBUNE DE GENEVE - 23 10 08

Bénabar: «J’ai vieilli, voilà!»
CHANSON | Le chanteur français rempile avec un cinquième album, «Infréquentable». L’occasion d’une petite psychanalyse de comptoir entre quatre yeux



FABRICE GOTTRAUX

©️ DR | BénabarDix ans de carrière, cinq albums, cinq ans de succès et un garçonnet de 4 ans à la maison. Une vie rêvée de chanteur? «J’ai de la chance, constate Bruno Nicolini, alias Bénabar à la scène. De la chance de faire ce métier et d’être reconnu pour ce que je fais.»

Beau fixe pour le chanteur français, bientôt 40 ans et un disque tout neuf sous le bras. Paru au début du mois, Infréquentable fait déjà un carton auprès du public.

Comme un gros doute…

Beau fixe, mais… Plume réaliste à l’humour pince-sans-rire, Bénabar aurait pu se reposer sur ses lauriers. Dire «crotte» à la chanson et s’en remettre à son compte en banque. Mais s’il a le sens du refrain qui croche («Y a une fille qui habite chez moi»), l’homme n’a en revanche rien d’un golden boy sans états d’âme.

A l’écoute d’Infréquentable, douze titres fidèles au style musical maison, on se dit que – tiens? – le comique de service broie du noir. Un peu. «J’aimerais qu’on se souvienne de nous/Si possible en bien/C’est pas gagné, mais y a moyen», entonne Bénabar sur un air de fanfare. Révolution? Maturité? Crise de la quarantaine? Réponse de l’intéressé.

«A force, on va finir par me convaincre que ce disque est bel et bien une étape! Peut-être. Mais je crois plus à la longueur. Ma carrière de chanteur, je la vis sans rupture. En quinze ans de musique, je n’ai jamais fait de choses par innocence ou inconscience. Ou alors, si ça a été le cas, aujourd’hui je suis moins surpris du résultat.»

Une petite crise, tout de même. «Des doutes, j’en ai. Pourquoi maintenant? Et bien… J’ai vieilli, voilà!»

Vieillir, la belle affaire. Et se faire larguer, par-dessus le marché? «T’avais du charme et de l’humour/Mais avec le recul/Plus de prestige, plus de glamour…» Dure réalité mise en vers sur Les reflets verts, chronique d’une rupture difficile à avaler.

«C’est du deuxième degré. Mais il y a du vrai. Vous avez eu une rupture? Alors, vous avez constaté que lorsque les femmes parlent de nous, c’est tellement différent de ce que vous imaginiez.»

Premiers bourrelets

Horreur et damnation. Bénabar, lui aussi, a découvert l’altérité des genres. «Cette chanson parle d’une chose dont je suis fier: la poignée d’amour et le bide. Deux choses que l’on associe à la graisse. Et pourtant, l’une est positive, l’autre est négative. Voilà ce qui me plaît ici: c’est l’ambivalence des choses. Rien n’est simple. Tout est sujet au doute… Oui, j’ai vieilli.»

Maintenant, Bénabar l’admet volontiers, mieux même, il vous l’annonce d’emblée: ce qu’il a toujours voulu faire, c’est de la variété. Comme Souchon, Gainsbourg ou Joe Dassin. De la variété intelligente, dit-il.

«Avant, si tu n’aimais pas mon disque, tu ne m’aimais pas tout court! Aujourd’hui, ça me dévaste moins… Mais je reste suspendu à tout cela. Mon album est-il bien? Moyen? Pourri? J’ai un peu de recul. Un tout petit peu, du moins. Sans songer à la postérité, je m’interroge: qu’est-ce que je vaux?» Question insoluble. Une seule réponse: «Le doute, c’est notre chance et notre malédiction.»


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LE NOUVELLISTE (SUISSE) - 24 10 08

Un garçon très fréquentable

MANUELA GIROUD



Contre les vertiges du succès, l'autodérision constitue une arme imparable. N'est-ce pas Bénabar ?

On l'a connu débutant doué et drôle, écumant les petites salles et vendant quelques poignées de disques. On le retrouve sept ans plus tard, alignant les Zénith combles et les disques à succès. Et toujours aussi drôle. Ses opinions n'ont guère varié, son attitude non plus. Bénabar est définitivement beaucoup moins «Infréquentable» que ne le prétend son nouvel album, une franche réussite.

Cet album paraît plus sombre que les précédents. Un effet de la quarantaine qui approche ?

Il est un peu moins clinquant, c'est vrai, donc il peut donner ce sentiment. Mais ce n'était pas un choix, les chansons sont venues comme ça... J'imagine que quand je vais avoir 40 ans ça va me foutre un coup, mais je trouve ça bien de vieillir. Déjà c'est une chance, il y a plein de gens dont la vie s'arrête trop jeune. Le temps qui passe, ça va, mais perdre mes cheveux, ça c'est un gros problème, c'est déprimant.

Meuh non, vous avez toujours l'air d'un adolescent.

Oui mais j'ai peur que ça arrive d'un coup et que, sur un an, je prenne dix ans dans la gueule (rires)!

Une des nouvelles chansons («Malgré tout») évoque la postérité de votre génération. La postérité en tant que chanteur, vous y songez ?

Pas du tout, déjà je ne le mérite pas, je dis ça sans coquetterie. J'espère juste rester une petite génération avant de sombrer dans l'oubli définitif. N'est pas Mozart ou Proust qui veut. J'ai réglé le fait que je ne suis pas un génie, maintenant je l'assume (rires) et je le vis très bien, je suis très content d'être connu de mon vivant.

Est-ce que le succès vous a rendu «Infréquentable» ?

J'ai beaucoup de défauts et je peux être vraiment très très con, mais infréquentable, non, je ne crois pas, ou juste un moment. Si ça dure, ça veut dire que ce sont des gros cons à la base. Il y a une histoire de profil, parce que tu rencontres des coiffeuses ou des garagistes qui ont le melon. Ça dépend de l'âge, aussi, j'ai commencé à avoir du succès à 30 ans passés... Même si j'ai des caprices de vedette, ça reste supportable. J'ai des impatiences complètement connes, des fois j'ai envie de boire un café tout de suite ou je trouve le champagne très mauvais. Il faut être un peu chiant, sinon ça ne sert à rien d'être une vedette (rires).

C'est l'autodérision qui vous sauve !

C'est utile, surtout que je parle de moi dans mes chansons. S'il n'y a pas un minimum de recul, qui n'est pas une posture, ça pourrait devenir complètement insupportable. Un peu de légèreté, quoi, et puis ce ne sont que des chansons.

Des chansons encensées au début, davantage critiquées aujourd'hui...

Oui, c'est le passage obligé, il y a un drôle de truc, le fameux «brûler ce qu'on a aimé» et aussi l'importance qu'on donne à la nouveauté... Les critiques ne me font pas plus plaisir qu'aux autres, mais je ne peux pas trop me plaindre, j'ai quand même été plutôt soutenu. Les critiques me troublent un peu mais elles font tellement partie du jeu. Et puis, franchement, on sait tous que plus tu as de critiques, plus tu existes; il y a un truc un peu pervers.

On vous sait anxieux. L'écho que vous avez désormais vous aide dans ce domaine ?

Ce n'est pas un métier qui peut résoudre l'anxiété, au contraire, tout va dans ce sens. En même temps, j'ai des copains chanteurs qui sont très tranquilles. Moi, même si j'avais été coiffeur, je crois que j'aurais été anxieux. C'est quelque chose que peut-être inconsciemment je cultive, parce que ça permet de rester un peu vigilant, de ne pas s'endormir - ce qui ne veut pas dire forcément faire des chansons meilleures à cause de ça... Le succès, ça tranquillise sur le moment, ça encourage, surtout. Je sais que j'en aurai moins un jour ou l'autre et que j'aurai du mal à l'encaisser; c'est aussi pour ça que j'essaie de prendre du recul par rapport à ce que je vis en ce moment.


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LE PROGRES (Lyon) - 24/10/2008
Propos recueillis par Thierry Meissirel

BENABAR SE LA JOUE INFREQUENTABLE

Moins de farces potaches, moins de rythmes un peu faciles : le 6ème album de Bénabar, baptisé "Infréquentable", fait dans la nuance.

- La chanson "l'effet papillon papillon" tombe à pic, avec cette crise soudaine...

Malheureusement, oui, elle tombe au bon moment. Mais je ne pensais pas qu'il y aurait une telle crise. Je suis comme tout le monde : je lis la presse, et je m'inquiète. Qui sait comment ça va s'arrêter ?

- Vous voyez la crise comme tout le monde ou comme un chanteur ?

Je suis très priviliégié, c'est vrai. Mais quand même, j'ai la vie de tout le monde, je ne suis pas Michael Jackson. Et j'ai toujours pris soin d'inscrire dans la vraie vie ce que je raconte dans mes chansons.

- Et quand on s'apprête à partir en tournée, on s'inquiète ?

Depuis très longtemps, je demande à mon producteur de faire attention au prix des places. Si l'on prétend chanter pour tout le monde, il faut aller jusqu'au bout. Par exemple, on commence les tarifs à 30€ pour cette tournée. Même si je reconnais que ça peut être beaucoup pour certains, c'est relativement accessible.

- A quoi ressemblent les chansons avant l'enregistrement ?

D'habitude, j'écris en piano-voix, mais cette fois je suis passé à la guitare. Ce n'est pas que je sois très bon à la guitare, mais ça permet de débuter par un autre biais. Ca a tiré le disque vers un côté un peu différent, un peu plus pop, je crois...

- C'était le but ?

Oui, je ne voulais pas me répéter. Même si ça reste du Bénébar, je voulais m'ouvrir d'autres horizons, ne pas ressasser les mêmes formules indéfiniment.

- Vous avez connu un succès grandissant depuis 6 ans. Seriez-vous prêts à vous confronter à un échec ?

Je l'attends, ça va venir, c'est presque normal, ça fait partie du métier. Quand on a eu de la chance et beaucoup de succès, on sait qu'il y a une autre facette à découvrir. Et si un jour, il faut jouer dans des petites salles, ou faire des podiums de supermarché, je le ferais.

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MessageSujet: Re: [Archives]Articles sortie "Infréquentable"   Mer 22 Juil - 23:46

METROTIME (Belgique) 04 11 08

Bénabar optimiste et concerné

Pourquoi avoir appelé votre CD «Infréquentable» ?

«C’était plus pour le mot qui m’amusait et que je trouvais assez convainquant pour un titre. Il n’y avait pas de grande réflexion derrière tout ça. Je voulais essayer d’avoir quelque chose d’un petit peu décalé.»

Ce n’est donc pas vous qui êtes infréquentable ?

«Pour être franc, je ne crois pas l’être vraiment.»

Jalousie, responsabilité... Les thèmes de vos chansons concernent tout le monde. D’où vous vient l’inspiration ?

«J’essaye d’être attentif, de garder un peu les yeux et les oreilles ouverts. Et puis c’est un peu le principe de l’inspiration, parfois des choses m’ont marqué plus que quelqu’un d’autre et inversement d’ailleurs.»

La plupart de vos chansons n’ont pas de refrain, est-ce un choix ?

«Ce n’est vraiment pas un choix délibéré, ça s’est imposé comme ça. J’essaye d’être assez libre, les seules contraintes que je m’impose c’est la sincérité et essayer de faire des paroles pas trop débiles. Et après je ne me pose aucune autre question, je me laisse vraiment aller.»

«L’Effet papillon» traite des responsabilités globales et individuelles. Vous y citez notamment le Bureau Oval. C’est une façon de s’engager ?

«Je ne me sens pas engagé mais concerné par les événements. Ce qui se passe aux États-Unis a des répercussions sur la planète entière. Mais engagé, je ne pense pas pourvoir prétendre à ça et je n’y tiens pas d’ailleurs.»

En ces temps d’élection présidentielle américaine, vous soutiendriez qui ?

«Évidemment je suis plus démocrate que républicain. Mais j’essaye déjà de rester à ma place en France, alors je ne vais pas emmerder les Américains avec mes opinions. Mais c’est vrai que je souhaiterais que ce soit Obama.»

Si les thèmes de votre disque sont plutôt sombres, l’album est globalement gai, notamment grâce aux musiques.
«C’est vraiment quelque chose que je travaille. J’essaye d’avoir deux angles possibles. Si le thème est un peu triste, j’essaye de décaler un peu la musique pour qu’il ne le soit pas complètement, et inversement. J’essaye d’éviter tout ce qui est trop frontal, entre le rire et les larmes, comme on dit.

Une façon aussi de montrer un certain optimisme ?

«Je suis plutôt très optimiste au quotidien. Je suis très joyeux dans la vie. Et puis ça fait partie des petites responsabilités qu’on a. Même si on aborde des sujets tristes, il faut essayer de ne pas se laisser aller dans le pathos premier degré sans lutter.»

Votre album précédent a rencontré un gros succès. Ce fut un poids pour réaliser celui-ci ?

«Oui et non. J’ai pris le parti de ne pas m’en soucier. Quand on a la chance de vendre beaucoup de disques, il y a plus de monde qui attend. Mais ce n’est pas forcément angoissant, ça fait partie du jeu et de toute façon il faut assumer que ce soient les gens qui tranchent au final.»

Dans «Malgré tout» vous évoquez le fait de laisser une trace. Laquelle aimeriez-vous laisser ?

«Ce serait plutôt une trace familiale ou humaine. Je n’ai pas de souci par rapport à la postérité en tant que chanteur. J’ai envie d’être reconnu de mon vivant.»

Vous serez en tournée l’an prochain. Vous savez déjà à quoi ressembleront vos concerts ?

«On y travaille beaucoup. Ça va être festif. Il y aura beaucoup de musiciens sur scène, des cuivres: ça va être le bordel organisé.»

Ce sera en tout cas pour vous une année chargée, avec la sortie du film «Incognito» dans lequel vous avez joué avec Frank Dubosc.

«Ça a été une super expérience. Ça m’a appris beaucoup de choses et c’est une opportunité géniale d’avoir accès à un rôle important dans un film. Je suis assez excité par le projet parce que les retours jusqu’à maintenant sont plutôt bons. Et j’espère que je serai au niveau du talent de mes camarades.»

Geneviève Pensis


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LE NOUVEL OBSERVATEUR - 06 11 08

Brève rencontre avec...
Bénabar : En haut, à gauche

Il a fini par l'obtenir, son statut de chanteur populaire : sorti en 2005, «Reprise des négociations» s'est vendu à plus d'un million d'exemplaires (disque de diamant). Encore un pas dans la bonne direction pour celui qui depuis toujours rêve de devenir un Joe Dassin ou un Michel Delpech. En racontant nos petites histoires, en nous faisant sourire, le nouvel apôtre de la chanson réaliste doit maintenant transformer l'essai avec «Infréquentable» (Jive-Epic), un album dans la ligne de ses prédécesseurs. Bénabar, qui a réalisé quelques courts- métrages dans le passé, tente aussi sa chance au cinéma : l'année prochaine, il sera à l'affiche d'«Incognito», une comédie d'Eric Lavaine. Pour l'instant son disque est, comme prévu, en tête des ventes.

Le Nouvel Observateur. - La chanson populaire ne serait-elle pas en voie de disparition ?
Bénabar. - Le temps nous le dira, il en faut pour laisser aux gens la possibilité d'associer leurs souvenirs aux chansons de leur époque. Je pense qu'un jour, quand ils réécouteront «C'est quand le bonheur ?» de Cali, ça leur rappellera ce qu'ils ont vécu au moment où ils l'ont découverte. Moi, je ne cible pas mon public, je ne suis pas élitiste, je veux m'adresser au plus grand nombre. L'inverse serait absurde, d'ailleurs. Il y a une ambiguïté entre «populaire» et «populiste». Dès qu'on se veut populaire, on est suspecté de renoncer à toute ambition artistique et de vouloir racoler. Mais Gainsbourg, l'un de mes modèles, n'était-il pas un chanteur populaire ?

N. O. - Etes-vous consensuel ?
Bénabar. - Je ne le crois pas, je ne l'espère pas. Je me suis toujours positionné politiquement sans craindre de perdre du public. Donc je ne suis pas consensuel puisque j'affiche mes opinions. En revanche, les valeurs très françaises que je défends dans mes chansons, comme l'amitié ou la famille, le sont.

N. O. - Vous dites souvent que vous êtes un chanteur de gauche. Qu'est-ce que ça signifie ?
Bénabar. - Pas grand-chose. Si je l'ai souvent clamé, c'était pour éviter tout malentendu. Dès qu'on commence à exister médiatiquement, il faut annoncer la couleur, donner les grandes lignes de sa personnalité. Je suis convaincu que plein de gens de droite aiment Renaud parce qu'ils savent à qui ils ont affaire.


N. O. - Si vos chansons parlent tant aux gens, c'est notamment parce qu'elles racontent des histoires qu'ils ont vécues...
Bénabar. - Je pense que nous sommes nombreux à vivre les mêmes histoires, nos vies se ressemblent souvent : des copines en galère sentimentale, on en connaît tous. Quand je fais un patchwork d'histoires arrivées à deux ou trois personnes de mon entourage, d autres s y retrouvent fatalement. Mais si je m'inspire de faits réels, au moment d'écrire je change le prénom. Ca m'évite de tomber dans le pathos ou l'impudeur.

N. O. - Quand vous parlez de vos influences, vous évoquez toujours les artistes de l'époque des Carpentier Vos goûts artistiques doivent bien évoluer un peu !
Bénabar. - Je découvre la musique classique à laquelle je suis arrivé par les grands succès, toutes ces oeuvres décriées par les puristes. Je trouve les tubes de Satie, Ravel ou Chopin fascinants, ludiques, accessibles.

N. O. - Et en chanson ?
Bénabar. - J'ai un faible pour Joe Dassin ou Michel Delpech, je les aime vraiment, ce n'est pas une posture, mais j'écoute plus souvent Alain Bashung. Il me touche et m'impressionne par sa capacité à faire d'énormes succès avec des chansons de qualité.

N. O. - Vous auriez préféré être l'invité principal des Carpentier ou de Denise Glaser ?
Bénabar. - Des Carpentier, voyons !


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Article paru sur le site Hitmusemag le 14 11 08

Bénabar : une bonne fréquentation
Variété Française



Pour la sortie de son sixième album (déjà) intitulé « Infréquentable », Bénabar, notre crooner national nous livre sans tabous ses héros (Brel, Renaud, Souchon, Delpech) et ses démons. L’auto-proclamé « Infréquentable » prouve qu’il gagne justement à être…fréquenté !

Ceux qui le trouvent drôle et sincère sont les plus nombreux. Ceux qui voient en lui un successeur de Michel Sardou dans le rôle du chanteur popu ne le ratent pas. Ceux là sont minoritaires. Intelligentsia parisienne contre bon sens villageois? Avec la sortie de « Infréquentable », Bénabar risque de renforcer encore le clivage. Ce sixième album arrive après le carton de « Reprise des négociations », son précédent, mais le chanteur n'est pas plus serein pour autant.

« Benabar: Chaque nouvelle sortie d'album a un côté saut dans le vide. On a pris des parachutes, mais ce n'est vraiment que quand l'album sort qu'on peut en mesurer les choix, et moi je suis plutôt anxieux comme garçon, et je trouve sain de ne pas partir en terrain conquis à la sortie d'un nouveau disque. Les chiffres de vente du précédent ne me font pas oublier qu'on recommence à zéro.

En vous entourant de la même équipe, vous vous sentez rassuré ?

Bénabar: Oui, le côté bande de copains en tournée contribue à la tranquillité d'esprit. Mais c'est aussi une question de goût. Certains aiment bien renouveler régulièrement, c'est important c'est vrai, mais j'aime davantage l'idée de rajouter des gens. C'est ce que nous avons fait sur « Infréquentable ». Mais la tournée se fera avec la même bande parce que c'est utile de bien se connaître sur scène. Je n'aime pas l'idée d'avoir le chanteur et son orchestre. La bande de copains sur la route, avec tous les côtés débordements adolescents que cela sous-entend, je n'en ai pas encore fait le tour. Malgré la quarantaine arrivant, ça m'amuse encore, et en plus, je crois que c'est payant sur scène. Moi je suis un homme à copains, comme on dit. C'est central chez moi. Dès le début, j'ai essayé d'organiser ça dans la musique.

Le métier de chanteur implique un entourage important, pour rassurer et protéger l' « artiste », non?

Bénabar: Je n'ai pas de hiérarchie dans les copains, c'est vrai que je suis protégé, mais je crois que dans mon cas, c'est une affaire de caractère. J'aurais de toute façon été protégé. J'essaie d'organiser ça autour de moi, ça fait partie du boulot. C'est un métier qui donne le sentiment d'être très vulnérable, artistiquement d'abord, avec ce sentiment de remise en question à chaque fois, qui est aussi un moteur. C'est toujours le public qui décide si je fais un Bercy, une salle de 500 personnes ou une tournée dans toute la France.

Comme vous chantez beaucoup à la première personne, on peut avoir l'impression de vous connaître en écoutant vos chansons...

Bénabar: Je suis quand même un bon tricheur. Mes chansons disent juste que je suis un homme, parisien, hétérosexuel, plutôt de gauche, et on sent juste les quelques valeurs qui sont importantes pour moi en écoutant mes chansons. Mais je mets une distance, parce que ce serait trop envahissant. De toutes façons, toutes les chansons parlent de l'auteur, quelque soit la chanson, et quelque soit l'auteur. C'est bien aussi de s'éloigner, parce que le côté nombriliste est touchant au début, mais il faut vite atteindre quelque chose de, idéalement, universel, surtout pour pouvoir s'adresser aux gens. A un moment il faut parler de tout le monde, même si au fond, toutes mes chansons parlent de moi.

Votre ascendance vous destinait à évoluer dans le milieu artistique, avec un père régisseur de cinéma, et une mère libraire...

Bénabar: Je m'en rends compte aujourd'hui. Mes frères sont aussi dans ce milieu, le petit, artiste peintre, le grand scénariste, et c'est lui qui réalise mes clips. Mais moi, je n'ai jamais rêvé d'être chanteur, ce n'est pas de la vocation. Je me destinais plus à l'écriture, le fait de raconter des histoires. Je voulais juste jouer de la trompette quand j'étais enfant. Avec le recul, cette distance m'a aidé, ce fait de prendre les choses au jour le jour, de ne pas penser au delà du concert du soir, ou à celui du lendemain. Je ne me suis jamais projeté plus loin, et c'est, je crois, ce qui m'a permis de faire le boulot assez simplement.

Après j'ai eu la chance que les choses fonctionnent bien. Mais pour moi, se voir plus tard chanteur est une connerie, au moins autant que se voir acteur. On joue un rôle, on chante, mais le côté acteur avec une écharpe blanche, se projeter dans ces métiers quand on est jeune, c'est contre productif. On voit bien ce qui se passe avec la Star Académy. On ne peut pas se projeter en tant que chanteur sans parler de chansons. Le métier de chanteur en soi n'existe pas, ce qu'il faut c'est avoir quelque chose à chanter. C'est la chanson qui a fait de moi un chanteur. En même temps, on ne devient pas pilote de ligne ou chanteur pour rien. C'est pourquoi je peux dire que j'ai toujours eu envie de m'adresser au plus grand nombre en faisant de la chanson. De la variété. Je ne voulais pas m'adresser à une tribu précise, je n'ai jamais recherché l'intimisme. J'ai tout de suite eu très peur quand je me suis retrouvé dans un circuit très chanson française, avec le portrait de Léo Ferré ou celui de Brel au dessus de la tête. Je ne voulais pas de cet intégrisme- là. J'ai toujours souffert de claustrophobie artistique

Aucune figure emblématique ne vous a jamais inspiré, alors ?

Bénabar: Si, bien sûr. Brel, Renaud, Souchon, Delpech... Mais j'ai toujours été assez prétentieux pour vouloir faire mes propres trucs. Il faut savoir d'où on vient mais pouvoir faire sa route aussi, sans se demander:« qu'est-ce qu'aurait pensé Brassens de ma chanson? ». C'est trop castrateur. J'ai des tics de Renaud, d'Higelin, je le sais, mais je l'assume bien !!

Votre image dans les médias est elle toujours aussi importante? A vos débuts, vous avez dit que vous auriez aimé faire la couverture des Inrockuptibles, c'est toujours le cas ?

Bénabar: C'est vrai qu'au début, l'image me troublait beaucoup. J'étais très attentif à ce qu'on disait de moi, comment on en parlait. Je ne pose plus ce problème aujourd'hui, je sais que l'image est incontrôlable, et qu'il ne faut surtout pas essayer de la contrôler. Il faut être indépendant des critiques comme des compliments, du public comme de la maison de disques, et faire ce qu'on a envie. Après, les gens le prennent ou pas. Il faut être honnête, et ne pas se plaindre si le public ne vous suit plus ou si les critiques vous éreintent. Et puis, à propos des Inrocks, j'ai dit aussi dès le début que je préférais faire la couverture de Télé Poche que celle des Inrocks... »

José RUIZ


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MessageSujet: Re: [Archives]Articles sortie "Infréquentable"   Mer 22 Juil - 23:52

L'HUMANITE - 21 11 08

Bénabar "J’aimerais bien être un chanteur populaire"
Entretien réalisé par Victor Hache

Après Reprise des négociations, Bénabar sort Infréquentable. Un opus dans lequel il continue d’observer le quotidien de nos vies.

Bénabar revient aux affaires. Exit Reprise des négociations, son précédent album, place au tubesque l’Effet papillon et ses conséquences sur la planète. Dans Infréquentable, son nouvel opus, le chanteur poursuit son observation du genre humain, sans pour autant tomber dans la facilité de style. Après les fanfares et les flonflons, Bénabar évolue vers des ambiances variétés ou pop. L’idée étant de ne surtout pas « refaire du Bénabar ». Douze chansons en forme de chroniques du quotidien de nos existences, genre dans lequel il excelle. Bénabar que l’on découvrira bientôt acteur dans le film d’Éric Lavaine Incognito qui sortira au printemps et dans lequel il joue le rôle d’un… chanteur. Comme quoi, on n’échappe pas si facilement à ce qu’on est dans la vraie vie. Rencontre.

Ainsi, vous seriez quelqu’un d’infréquentable ?

Bénabar. J’aimerais bien avoir un petit côté Pete Doherty, mais franchement, je ne peux pas rivaliser ! Il n’y a pas vraiment de sens caché derrière ce titre. C’est juste pour le côté amusant du mot, plutôt inattendu et efficace. Je dis Infréquentable un peu pour conjurer le sort et qu’on me dise « mais si, t’es fréquentable ! ».

Faut-il voir dans la chanson l’Effet papillon un hymne écolo ?

Bénabar. Je ne fais qu’enfoncer des portes ouvertes. C’est une chanson sur la responsabilité de chacun de nous sur l’avenir de la planète. Ce qui m’intéressait, c’est de partir de la banquise et arriver sur des choses plus légères. Si tu fréquentes assidûment une femme mariée, si son mari l’apprend, il te casse la gueule. C’est une façon plus rigolote d’aborder le truc, une façon de dire que tous nos actes ont des conséquences. C’est parler de l’effet de serre, de la pollution, mais ça vaut pour le chocolat : si tu en manges trois tonnes, tu seras malade. Au début, la chanson était franchement Ushuaïa et donneuse de leçon. C’était juste, mais chiant. Là, je voulais quelque chose de beaucoup plus humain, faire appel au bon sens. L’effet papillon, c’est un peu l’effet dominos, pas loin de la théorie du chaos.

De quelle manière travaillez-vous ?

Bénabar. J’écris chanson après chanson sans jamais penser en termes d’album. C’est lors de sa fabrication qu’on commence à réfléchir en termes de production, de réalisation musicale. On refait toutes les maquettes à la guitare pour que ça sonne différemment, on choisit des ambiances un peu plus anglo-saxonnes, plus pop. Même si je ne suis pas sûr qu’aux oreilles du profane, cela change grand-chose. C’est juste une technique de travail différente. L’objectif était de ne pas s’autoparodier, surtout lorsqu’on a eu un précédent album qui a connu beaucoup de succès, et surtout éviter de se dire : qu’est-ce que les gens attendent de moi ? Il faut essayer d’évoluer, sans changer radicalement. L’important, je crois, est de s’interdire les facilités et ne pas refaire du Bénabar. Sinon, cela ronronne et cela fait suer tout le monde.

Certains vous reprochent des chansons trop souvent tournées vers le quotidien…

Bénabar. Je trouverais malvenu de ne pas écouter la critique, même si je ne suis pas plus philosophe que les autres. Que l’on émette une réserve sur telle ou telle chanson, ça fait partie du jeu même si je ne pense pas parler exclusivement du quotidien. La critique a plus à voir avec mon image qu’avec mes chansons. C’est plus ça qui me pose un problème.

Quelle image pensez-vous renvoyer ?

Bénabar. Celle de la nouvelle chanson française, bobo, parisienne, quotidienne, qui ne parle que des histoires d’amour à trois francs. Je ne veux pas me comparer à Brassens, mais la Canne de Jeanne parle du quotidien, non ? On peut me reprocher de ne pas être juste. Cela dit, ça m’intéresse d’évoquer la vie de tous les jours. Il faut juste faire attention à ce que ça ne devienne pas une mécanique. Aujourd’hui, j’ai peut-être le regard un peu plus aiguisé à force d’observer les choses, et il me faut simplement veiller à ne pas m’endormir.

Comment êtes-vous venu à la chanson ?

Bénabar. Par l’écriture et aussi parce que personne, au début, ne voulait chanter mes chansons. Ensuite, il y a la scène, et ce que cela procure que de se produire devant le public. Tout ce qu’on raconte sur le virus des planches, c’est quand même une réalité. Certaines personnes ne monteront jamais sur scène parce que ça reviendrait à faire du parachutisme et d’autres qui ont envie d’y retourner. C’est un truc qui me passionne, me fascine et m’éclate. C’est aussi beaucoup de frustration, de peur, mais tellement riche d’émotion.

Chanteur populaire, ça vous irait ?

Bénabar. J’aimerais bien l’être un jour. Un chanteur populaire, c’est quelqu’un qui s’adresse à tout le monde. C’est pouvoir parler à un môme, un vieux, un instituteur, un patron de PME. C’est ne pas choisir son public. Faire partie de la vie des gens, c’est la meilleure médaille. Il y a toujours cette ambiguïté entre populaire et populiste. Encore une fois, je ne me compare pas, mais Gainsbourg était un artiste populaire. Ça ne veut pas dire s’abaisser à faire une chanson sur le PMU ou être racoleur.


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FEMME D'AUJOURD'HUI (Belgique) - 28 11 08

L'interview de Benabar
Son nouvel album, Infréquentable, cartonne dans les bacs et sur les ondes. Petite discussion de circonstance, donc...

D'où vient le titre un tantinet antipathique de cet album ?

Y a pas vraiment de raison. Je voulais juste trouver un truc un peu percutant, qui attire l'oil. Cela dit, on me voit me marrer sur l'image, donc il y a un côté décalé et paradoxal que j'ai trouvé marrant. Et puis, pour tout vous dire. J'avais pas mieux! (rire).

En musique, quels sont pour vous les thèmes infréquentables ?

Je n'en ai pas vraiment. Tout dépend de la manière dont on les traite. On peut être facilement tenté de parler de politique et donner des leçons à tout le monde, en disant que le racisme, c'est pas bien. Mais il faut faire attention à ce qu'on fait et essayer d'apporter quelque chose en plus. Personnellement, c'est vrai que je parle très peu de politique ; j'ai peur de franchir cette barrière. La question que je me pose, c'est « qui suis-je pour dire aux gens ce qu'ils doivent penser ? ». Quand on émet une opinion, on donne toujours l'impression de devenir un militant. Et je ne me considère pas du tout comme un chanteur engagé.

Par contre, vous parlez d'écologie sur le titre L'effet papillon. La terre devient-elle infréquentable ?

J'espère que non. Aujourd'hui, on a tous l'air convaincus qu'il faut faire quelque chose. Avec L'effet papillon, j'enfonce une porte ouverte. On sait tous que si on ne change pas notre manière de vivre et de polluer, ça va très mal se terminer. Les discours écologiques d'aujourd'hui arrivent un peu tard, mais comme on dit, « mieux vaut tard que jamais. »

Vous avez tourné dans Incognito, qui sortira à l'été 2009. Avant cela, vous aviez déjà réalisé 3 courts métrages. Le cinéma, c'est plein de gens infréquentables ?

Franchement, je n'ai pas ce sentiment. Ok, y a des gens qui bossent dans des boîtes de production ou dans le showbiz qui le sont un peu. Mais sur un plateau de cinéma, tout le monde est là pour bosser et les choses se passent de manière très professionnelle. C'est comme en tournée: on bosse, y a des pépins, mais au bout de la journée, on s'endort épuisé. C'est un vrai boulot. Depuis que je fréquente le milieu du showbiz, je suis heureusement frappé de voir à quel point les gens sont tranquilles, contrairement à ce qu'on peut penser.

Et vous, à quel moment pensez-vous être infréquentable dans la vie ?

A quatre heures du matin en sortant du resto, je peux le devenir (rire). Sinon, dans le boulot, je suis quelqu'un d'un peu chiant et parfois capricieux. Mais j'évite de le montrer, en général.

Quels plateaux télés avez-vous du mal à fréquenter? On ne vous a jamais vu à la Star Academy.

Je n'ai pas de problème avec les émissions de télé: c'est important, il faut en faire. Mais ça fait partie des choses qu'il faut faire avec parcimonie. Il ne faut pas se montrer partout et avoir quelque chose à y faire, sans capitaliser une espèce de demi-célébrité toute pourrie. La Star Ac'? Je n'ai rien contre, mais je n'aime pas ce côté « arnaque aux sms ». Y a une sorte de chantage affectif entre les candidats et les spectateurs qui n'ont pas forcément une fortune devant eux. On leur dit : « si tu n'envoies pas un sms hyper cher, ton candidat préféré va quitter l'aventure ». Y a un truc qui me gêne là-dedans, je n'ai pas envie de cautionner ça.

Dans la chanson Malgré tout, vous dites « j'aimerais qu'on se souvienne de nous »: qu'aimeriez-vous que les gens que vous avez fréquenté retiennent de vous ?

Que je n'étais pas trop un salaud et que, humainement, je n'étais pas trop odieux. Par rapport à mes qualités de chanteur, je m'en fous: je veux juste que ça laisse des bons souvenirs à mes proches. De toute façon, autour de moi, j'ai une cour à mes pieds, avec plein de gens qui me flattent au quotidien. Tant pis pour mon ego, mais tant mieux pour ma santé mentale (Rire).

Dans vos fréquentations, y a-t-il encore des gens qui vous appellent Bruno Nicolini ?

Il n'y a personne qui m'appelle Bénabar, c'est juste un nom de scène. Certains m'appellent aussi Son altesse. Mais plus sérieusement, tout le monde m'appelle Bruno.

Vous adorez fréquenter Bruxelles. Avez-vous enfin réussi à la négocier avec le roi ?

Pas encore, non. Mais en ce moment, c'est un peu compliqué chez vous, donc je le laisse tranquille. Je n'ai pas envie d'ajouter de la confusion à la confusion. Je vous laisse régler vos trucs, puis j'irai renégocier Bruxelles avec le King.

Vous avez essayé de comprendre quelque chose à notre situation ?

Oui, bien sûr. On a déjà essayé de m'expliquer plusieurs fois. L'avantage de mon métier, c'est que je rencontre pas mal de journalistes, donc je me fais briefer. Cela dit, ça ne m'empêche de venir souvent chez vous. J'ai toujours plein de choses à y faire, même quand je ne chante pas et malgré le fait que je n'ai plus mon appartement près de Flagey. Mais là, j'ai surtout envie d'aller à Bruges.
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MessageSujet: Re: [Archives]Articles sortie "Infréquentable"   Mer 22 Juil - 23:54

7 sur 7 (Belgique) - 07 12 08



"Je suis très content d'être connu de mon vivant. Je préfère..."

Ce jour-là, Bénabar avait un train à prendre. Notre rencontre sera express et se fera dans le hall d'entrée de son hôtel, à un jet de pierre de la gare du Midi, à Bruxelles. Un coin qu'il connaît bien et qu'il évoque d'ailleurs dans l'album Reprise des négociations, qui a connu un formidable succès. C'est pour évoquer son successeur, dans les bacs depuis peu, que Bénabar passait par chez nous. Son nom? Infréquentable. Un qualificatif qui ne sied par du tout à l'artiste, plutôt poli, disponible et attentif. Interview.

De quoi vous aviez envie avant de commencer à travailler sur ce nouvel album ?

D'évoluer. C'est un peu large mais c'était mon souci, me remettre en question, avancer, ne pas refaire le même album. Je ne voulais pas m'enfermer dans un truc, la claustrophobie artistique commençait à m'inquiéter. L'album vaut ce qu'il vaut mais moi ça m'a permis d'explorer de nouvelles sonorités. Rien de spectaculaire mais quand même...

Ce questionnement est dû au fait que l'album d'avant a bien marché ?

Il y a eu de ça. C'est sûr que ça rajoute à l'envie de ne pas refaire la même chanson.

C'est un disque qui a été écrit sur la longueur...

Je fais toujours comme ça. Je n'ai jamais réfléchi en termes d'album. Je fais une chanson, quand j'ai fini, je passe à une autre et quand j'en ai dix ou onze, je pense à faire un disque. C'est sur la longueur. Je perdrais tous mes moyens si je savais que dans trois mois, je devais rentrer en studio. C'est bien aussi de ne pas tout écrire au même moment. Si on fait tout en trois mois, on va un peu parler de la même chose. C'est ma grande peur. Là, sur deux ans, il s'est passé différents trucs.

Vous les avez toutes écrites, sauf une ("Pas du tout") sur laquelle Louis Chédid vous a prêté main forte.

Ca c'est fait comme ça. Au début, c'était une chanson pour Louis Chédid. C'est devenu une chanson pour moi. Ce n'est pas que je n'aime pas travailler avec d'autres gens mais je n'en ressens pas à un énorme besoin à ce stade-ci. Ce n'était ni une volonté de travailler avec quelqu'un, ni une volonté de ne pas travailler avec quelqu'un. Ce n'était pas du tout stratégique. Avec Louis, on est copain. On avait ce projet-là de faire un jour une chanson ensemble donc tant mieux que ca se soit fait.

"Infréquentable" est un album plutôt morose...

Oui, c'est ce qu'on me dit. Sûrement. Je n'ai pas vraiment d'avis, je ne me suis pas rendu compte. Il y a peut-être un truc plus sombre globalement. C'est quelque chose que je comprends, que j'entends. Mais on est toujours la dernière personne a voir l'aspect global d'un album quand on l'a fait, fatalement. C'est difficile d'avoir un avis. Ca ne me suprend pas qu'on me le dise parce que mes albums sont toujours assez tristes au fond...

"Malgré tout" parle de l'envie qu'on se souvienne de nous, de vous, après... Faire de la musique, ça permet aussi de laisser une trace dès maintenant...

Oui, peut-être. Je n'avais pas du tout le sentiment que c'était une chanson sur la postérité mais avec le recul, je me rends compte que c'est bien ça la question. Mais ça partait plutôt d'un truc de contemporain, de génération. Je n'ai pas de problème de postérité en tant que chanteur. Je suis très content d'être connu de mon vivant. Je préfère... Qu'on connaisse mes chansons dans 200 ans, ça ne m'intéresse pas!

Mais quand vous avez commencé la musique, c'était aussi par envie de laisser une trace ?

Pas consciemment. Après ce sont des questions plus profondes, de psychanalyse. C'est sûr qu'on ne fait pas chanteur comme on devient curé. Il y a des raisons précises. On prétend tous qu'on est maître de notre destin mais il y a quand même un soupirail inconscient. Faire un boulot où on est tout seul sur scène à parler devant 7000 personnes, ce n'est pas innoncent.

Une belle tournée s'annonce, à quoi peut-on s'attendre ?

Il va y avoir beaucoup de musiciens comme sur mes tournées d'avant. La même bande d'ailleurs. L'idée c'est de refaire un spectacle joyeux. Je ne sais pas comment on va le faire ni si on va réussir mais le but est de faire du divertissement, un espèce de bordel organisé, de la variété interactive. J'aimerais bien faire un concert d'Elton John qui tourne mal. A l'américaine mais déglingué.

Vous êtes programmé aux Francos et à Couleur Café. Ca vous réjouit de voir que la tournée d'été se profile déjà si bien ?

Carrément. Je me réjouis, et comme je suis ainsi fait, dans la même seconde, ça me fait flipper parce que je me dis "putain, on n'est pas prêt!" Ca me réjouit parce que c'est rassurant de voir que les concerts se présentent bien mais après, à nous d'assurer.

On pourra bientôt vous voir au cinéma, dans Incognito d'Eric Lavaine. Pourquoi ce film-là ?

J'étais à l'origine du projet. Enfin, c'était le réalisateur mais très vite, j'ai participé au scénario. Je connais le réalisateur depuis longtemps et effectivement, il me sentait proche de ce truc-là. C'est un peu opportuniste, j'ai sauté sur l'occasion même si j'ai hésité parce que je n'ai pas envie de me planter.

Vous n'avez pas trop de problème à vous voir à l'écran ?

Ca, ca va. Enfin, officiellement, parce que c'est plus compliqué que je ne veux bien me l'avouer. J'ai l'habitude de me voir à la télé, dans les clips. Je n'ai pas ce côté: oh là là. Mais j'ai été plus fragilisé que prévu par le film.

C'est une vraie carrière qui commence ou..

Il y a quand même l'envie de s'y frotter. Je trouve ça génial d'avoir pu faire un film. Mais c'est possible aussi qu'on ne me propose plus rien. C'est quelque chose que j'assume. Il ne faut pas faire du cinéma pour faire du cinéma, parce que tu es un peu connu dans un domaine. Capitaliser sur sa célébrité pour faire du cinéma, ça ne sert à rien. Si ce film est mon seul et unique, j'assumerai.




Déborah Laurent
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